Pourquoi le conflit en Ukraine pourrait profiter aux trafiquants de drogues

GUERRE « La police n’est plus là pour stopper l’activité des laboratoires » en Ukraine, explique une spécialiste

20 Minutes avec agences
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Des paquets de drogue (illustration).
Des paquets de drogue (illustration). — Orlando BarrÌa/EFE/SIPA

La guerre en Ukraine pourrait être une aubaine pour les fabricants de drogues, a averti l’ONU ce lundi. « Les informations du Moyen-Orient et de l’Asie du sud-est tendent à indiquer que les situations de conflit peuvent agir comme un aimant pour la fabrication de drogues synthétiques, qui peuvent de fait être produites n’importe où », souligne l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) dans son rapport annuel. « Cet effet peut être encore plus important quand la zone de conflit se trouve près de vastes marchés de consommateurs », ajoute-t-il.


« La police n’est plus là »

Avant l’invasion russe, l’Ukraine disposait déjà d’un nombre croissant de laboratoires d’amphétamines, précise l’experte Angela Me, interrogée par l’AFP. Près de 80 avaient été démantelés en 2020, contre 17 en 2019. Cette capacité de production « pourrait s’étendre si le conflit persistait ». « La police n’est plus là pour stopper l’activité des laboratoires », explique-t-elle.

Angela Me appelle par ailleurs à surveiller la situation en Afghanistan, qui a produit 86 % de l’opium mondial en 2021. En avril, le chef suprême des talibans a ordonné l’interdiction de la culture du pavot. « Nous devons voir si cela va se traduire par une réduction drastique », souligne l’experte, ou si au contraire les champs illicites vont se développer en raison de la détérioration des conditions socio-économiques dans ce pays. Tout changement aura « des répercussions sur quasiment toutes les régions du monde », prévient l’ONU.

Une consommation en forte hausse

Quelque 284 millions de personnes dans le monde – une sur 18 dans la classe d’âges 15-64 ans – ont touché à des drogues en 2020, soit 26 % de plus qu’une décennie plus tôt. Si la majorité sont des hommes, les femmes recourent fortement aux stimulants de type amphétamines (ATS) mais sont « sous-représentées dans le traitement », déplore Angela Me. Cette dernière évoque « une double stigmatisation » et la nécessité de mettre en place des lieux où elles se sentent « en sécurité » et peuvent rester avec leurs enfants.

Autre chiffre notable, la production de cocaïne a affiché un nouveau record, s’élevant à 1.982 tonnes en 2020. Le rapport de l’UNODC, qui est une « évaluation préliminaire », s’appuie sur les informations que l’organisme a recueillies à partir des réponses soumises par les Etats membres, de ses propres antennes et de l’analyse de sources ouvertes, de médias et de rapports institutionnels.