Ukraine: A peine investi, le président Volodymyr Zelensky convoque des législatives anticipées

CHAPEAUX DE ROUE Le nouveau président veut capitaliser sur sa popularité après une victoire écrasante à la présidentielle, avec 73 % des voix

20 Minutes avec AFP

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Le président ukrainien Volodymyr Zelensky tient dans la main la Bulava, un symbole du pouvoir, le 20 mai 2019 lors de son intronisation.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky tient dans la main la Bulava, un symbole du pouvoir, le 20 mai 2019 lors de son intronisation. — AFP

Dans son discours d’investiture prononcé ce lundi, Volodymyr Zelensky, le nouveau président de l'Ukraine a annoncé la tenue d’élections législatives anticipées. Une procédure complexe pour ce comédien de 41 ans, qui doit redresser un pays en guerre et en difficultés économiques. La classe politique est hostile à ce nouvel arrivant dont le programme reste flou et dont l’équipe largement inconnue.

« Je dissous le Parlement », a-t-il lancé au sein de l’hémicycle, exhortant les députés à limoger plusieurs responsables clé et à adopter une série de lois pendant les « deux mois » de mandat qui leur restent. Volodymyr Zelensky cherche à profiter de l’élan donné par sa victoire écrasante (73 % des voix) pour remporter des législatives anticipées, sans attendre le scrutin prévu en octobre. Son parti « Serviteur du peuple », pour l’instant quasi inexistant, est crédité de jusqu’à 40 % des intentions de vote par les derniers sondages.

Une guerre et 13.000 morts

Sa décision de lancer une procédure complexe, très encadrée, risque de provoquer une bataille juridique. Certains analystes n’excluent pas une crise politique et les détracteurs du nouveau président crient à « l’arbitraire juridique » et « l’usurpation du pouvoir ».

Elu en capitalisant sur la défiance des Ukrainiens envers leurs élites, avec ses promesses de mettre fin à la corruption et de « casser le système », Volodymyr Zelensky affronte une tâche titanesque : un conflit avec des séparatistes pro-russes qui a fait 13.000 morts en cinq ans sans qu’une solution politique ne se dessine mais des capacités à agir très limitées sans troupes politiques. Volodymyr Zelensky s’engage à maintenir le cap pro-occidental de cette ex-république soviétique. Mais beaucoup s’interrogent sur sa capacité à diriger un pays toujours confronté à d’immenses défis, en premier lieu la guerre.

Un seul et unique mandat

« Notre première tâche, c’est d’arriver à un cessez-le-feu dans le Donbass », le bassin houiller en partie contrôlé par les séparatistes dans l’est du pays, a-t-il assuré dans son discours d’investiture, provoquant une salve d’applaudissements de députés. « Nous n’avons pas commencé cette guerre, mais c’est à nous de la terminer ». « Je suis prêt à tout », à « perdre ma popularité », voire « mon poste pour obtenir la paix » et « faire revenir les territoires perdus » : le Donbass et la péninsule de Crimée, annexés par la Russie en 2014, a encore assuré Volodymyr Zelensky. « Ce sont les terres ukrainiennes », a-t-il poursuivi en passant plusieurs fois au russe, affichant sa volonté de tendre la main aux populations de ces régions majoritairement russophones.

En costume sombre, le nouveau président est arrivé à pied au Parlement depuis son domicile proche, saluant la foule massée le long des barrières et prenant des selfies avec ses partisans. Il s’est ensuite plié aux rituels de l’investiture, prêtant serment, la main droite posée sur la Constitution de ce pays indépendant depuis 1991 et un Evangile du 16e siècle, avant de se rendre aussi à pied à la présidence après la fin des cérémonies solennelles.

« Toute ma vie, j’ai essayé de tout faire pour que les Ukrainiens sourient. (…) Pendant les cinq prochaines années, je vais tout faire pour que vous ne pleuriez pas », a lancé le président, qui promet de se limiter à un seul mandat présidentiel. Si les alliés de Kiev ont chaleureusement accueilli son élection, la Russie, accusée par Kiev et l’Occident de soutenir militairement les séparatistes pro-russes, a fait savoir qu’elle n’entendait pas changer sa politique vis-à-vis de l’Ukraine. Aucun responsable russe n’était invité à l’investiture. Vladimir Poutine attend « ses premiers succès dans la normalisation des relations ukraino-russes » pour le féliciter, s’est borné à dire le porte-parole du Kremlin Dmitry Peskov.