Présidentielle en Ukraine: Volodymyr Zelensky, un «clown» novice en politique mais favori du second tour

PORTRAIT Volodymyr Zelensky est arrivé en tête au premier tour des élections présidentielles ukrainiennes, en faisant un favori bien atypique 

J.D. avec AFP

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L'humoriste et homme politique Volodymyr Zelensky est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle en Ukraine, le 31 mars 2019.
L'humoriste et homme politique Volodymyr Zelensky est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle en Ukraine, le 31 mars 2019. — Genya SAVILOV / AFP

Volodymyr Zelensky, qui n'hésite pas à se qualifier lui-même de « clown » et n'a aucune expérience politique, est le favori de l'élection présidentielle en Ukraine après les résultats du premier tour, où il a finit largement en tête.

Annoncée en plein réveillon du 31 décembre, sa candidature ressemblait à une blague, mais, trois mois plus tard, les résultats, même publiés un Premier avril, sont très sérieux. Il a écrasé ses rivaux avec plus de 30% des suffrages au premier tour de la présidentielle, presque le double du sortant Petro Porochenko qu'il affrontera le 21 avril.

Une campagne présidentielle aussi atypique que son profil

A 41 ans, le comédien, surtout connu pour ses rôles dans des émissions humoristiques et des films grand public, n'a fait aucune campagne traditionnelle, préférant se produire sur scène avec sa troupe de stand-up et s'exprimant davantage sur les réseaux sociaux qu'à la télévision et dans les journaux.

Tendance mondiale, le rejet des élites est particulièrement marqué en Ukraine, où la population est éprouvée par des scandales de corruption incessants, une guerre contre les séparatistes prorusses ayant fait près de 13.000 morts en cinq ans et de lourdes difficultés économiques.

Un rôle fiction de président par hasard

Directeur artistique du studio Kvartal 95, il est, selon des médias, le cofondateur d'un conglomérat d'entreprises spécialisées dans le divertissement, connu en Ukraine ainsi qu'en Russie pour des shows et des séries télévisées.

Il incarne ainsi dans la série Serviteur du peuple un professeur d'histoire devenu président à la suite d'une vidéo virale dans laquelle il critique la corruption. Pour le politologue Mykola Davidiouk, le comédien voit sa course à la présidence comme « une expérience intéressante, quelque chose qu'il n'a jamais fait ».

« Je n'exclus pas qu'il brûle d'envie de devenir président, mais, inconsciemment, il est probable qu'il joue le rôle qu'il a joué à l'écran», explique l'expert. «Une partie de la population le croit et est prête à voter pour lui. »

Un manque d'expérience pointé par ses détracteurs

L'acteur a été accusé, y compris par le chef de l'Etat sortant, d'être une « marionnette » du sulfureux oligarque ukrainien Igor Kolomoïski. Mais ses détracteurs mettent surtout en exergue le flou de son programme, établi par un vote sur les réseaux sociaux. Il s'est entouré de réformateurs et a assuré vouloir maintenir le cap pro-occidental de son pays tout en menant des négociations avec la Russie.

« Je n'ai pas d'expérience », mais « j'ai suffisamment de force et d'énergie », avait-il  déclaré en mars, assurant « apprendre ».