Syrie : Une jeune Yazidie empêchée de retrouver ses parents à cause du coronavirus

RETOUR Kidnappée en Irak par Daesh puis libérée par sa chute, Layla Eido avait retrouvé la trace de ses parents… Juste avant la fermeture des frontières pour cause de pandémie

20 Minutes avec AFP

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Layla Eido attend la fin de la crise pour pouvoir retrouver ses parents.
Layla Eido attend la fin de la crise pour pouvoir retrouver ses parents. — DELIL SOULEIMAN / AFP

Kidnappée à l’âge de dix ans par Daesh, Layla Eido a pu renouer contact avec sa famille irakienne après une longue séparation. Mais, coronavirus oblige, la jeune Yazidie est bloquée en Syrie depuis la fermeture des frontières et les retrouvailles tardent. « Je compte les jours qui me séparent du moment où je vais revoir ma famille », confie l’adolescente de 17 ans, qui vit temporairement dans le nord-est syrien.

Elle a retrouvé sa liberté depuis un peu plus d’un an, après avoir été captive des djihadistes jusqu’aux dernières heures du « califat » mis en déroute par des forces kurdes en mars 2019, dans le village syrien de Baghouz. Alors qu’elle allait enfin revoir ses proches pour la première fois en sept ans, les autorités en Irak et en Syrie ont fermé leur frontière commune pour lutter contre la propagation de l’épidémie de Covid-19.

Des milliers de femmes arrachées à leurs foyers

« Quand on a commencé à se parler sur WhatsApp, ils m’ont dit de rentrer », ajoute-t-elle. « Mais il y a eu le coronavirus, je suis restée ici. Je n’ai pas de chance. » En 2014, au moment de la montée en puissance de Daesh, Layla est enlevée à sa famille par les djihadistes, partis à l’assaut du foyer historique des Yazidis sur les monts Sinjar, dans le nord irakien. Comme elle, des milliers de femmes et de filles, issues de la communauté kurdophone pluricentenaire, ont été arrachées à leurs foyers pour devenir des esclaves sexuelles ou être mariées de force à des combattants. Layla aussi a été obligée d’épouser un combattant irakien de 21 ans.

Amenée d’Irak en Syrie, elle fuit avec les djihadistes d’un village à l’autre, au gré des défaites successives de Daesh. Avant de finalement échouer à Baghouz, dans l’extrême-est syrien, où son époux sera tué dans une frappe aérienne. Quand les forces kurdes, soutenues par une coalition internationale emmenée par Washington, proclament leur victoire à Baghouz en mars 2019, Layla fait partie des dizaines de milliers de femmes et enfants évacués de l’ultime bastion djihadiste pour le camp de déplacés d’Al-Hol.

De nouveau en contact avec sa famille

En début d’année, elle parvient à reprendre contact avec sa famille, grâce à une amie yazidie rencontrée au camp d’Al-Hol et depuis rentrée en Irak. Cette amie a retrouvé les parents de Layla, eux-mêmes déplacés dans la province de Dohuk dans le Kurdistan irakien. « J’ai pleuré la première fois que j’ai entendu la voix de mon père », se souvient Layla. « Je leur parle tous les jours, on échange des photos. » En attendant son retour en Irak, elle est logée par un responsable yazidi syrien, chargé de coordonner les retours d’ex-captifs de sa communauté.

Une fois que la frontière sera rouverte, Layla pourra revenir chez elle mais se posera alors le défi de sa réinsertion. Convertie à l’islam durant ses années de captivité, elle a aujourd’hui renoué avec le yazidisme. « J’ai peur que ce soit difficile de me réadapter à ma famille, j’étais petite quand je suis partie, j’ai vécu des traditions différentes », reconnaît-elle. Mais au final, son choix est bien celui du retour. « Je veux une vie meilleure, sans avions, sans bombardements, sans la guerre », soupire-t-elle.