VIDEO. Détournement: Non, ces photos ne montrent pas des enfants syriens brûlés

FAKE OFF Un blog affirme, photos à l'appui, que des enfants syriens ont été brûlés pour avoir réclamé la paix. Mais les photos ont été sorties de leur contexte...

Mathilde Cousin
— 
Cette photo, diffusée en 2015 par un activiste syrien pour alerter sur la situation à Douma, a été détournée sur internet.
Cette photo, diffusée en 2015 par un activiste syrien pour alerter sur la situation à Douma, a été détournée sur internet. — Montage 20 Minutes
  • L’article d’un blog mexicain, qui prétend que des enfants ont été brûlés en Syrie pour avoir réclamé la paix, a été partagé plus de 100.000 fois sur Facebook.
  • Le blog présente quatre photos pour soutenir ses dires. Mais ces quatre photos ont toutes été détournées.

C’est une lectrice qui nous a alertés sur ces images difficilement soutenables. Un blog mexicain affirme que « des enfants syriens sont brûlés car ils ont demandé la paix pour leur pays », avec quatre photos d’enfants en cage ou brûlés à l’appui. Cette publication a été partagée plus de 100.000 fois sur Facebook.

Ce blog ne fournit guère de détails sur cette information. La date et le lieu précis de cet acte terrible ne sont pas indiqués. Les photos ne sont pas créditées et le blog ne donne pas de sources. En revanche, le blog incite fortement ses lecteurs à partager ce post sur les réseaux sociaux. Autant de signaux qui font douter de la véracité de l’information.

FAKE OFF

La première photo reprise sur ce blog mexicain montre à l’arrière-plan des enfants vêtus d’une tenue orangée et enfermés dans une cage. Au premier plan, une torche enflammée. Cette photo montre bien des enfants syriens, mais il s’agit d’une mise en scène réalisée en 2015 par un activiste syrien à Douma, dans la banlieue de Damas. Une photo similaire se trouve sur le site des Observateurs de France 24, qui ont interviewé à l’époque Boura Aberrhamane, l’activiste. Les enfants ne vont clairement pas être brûlés dans cette cage.

Alerter l’opinion

Boura Aberrhamane avait voulu alerter l’opinion internationale sur le sort réservé à cette ville rebelle, qui subissait d’intenses bombardements de la part du régime de Bachar al-Assad. La mise en scène s’inspirait d’une effroyable vidéo diffusée par Daech, dans laquelle un pilote jordanien, captif de Daech, était enfermé dans une cage et brûlé vif. La vidéo avait suscité une indignation internationale. « Nous subissons chaque jour d’intenses frappes aériennes, avait témoigné Boura Aberrhamane auprès des Observateurs. J’ai assisté à des douzaines de massacres ces derniers mois. Des centaines d’enfants sont morts, dont ma fille qui avait à peine un an. Certains d’entre eux meurent brûlés vifs et personne ne semble s’en émouvoir. » Trois ans plus tard, en avril, l’armée du régime a annoncé avoir repris le contrôle de la ville.

La deuxième photo est une manipulation de la vidéo diffusée par Daech montrant l’immolation du pilote jordanien. Dans la vidéo originale, difficilement soutenable, on voit la victime, déjà enflammée, bouger et se prendre la tête entre les mains. Dans la photo diffusée sur le blog mexicain, on voit une cage enflammée avec six silhouettes à l’intérieur. Il s’agit en réalité de la silhouette du pilote, démultipliée numériquement.

Une victime de Boko Haram

La troisième photo, que nous avons choisi de ne pas diffuser, montre le corps calciné d’un enfant, face contre terre. Elle semble être apparue en 2014 sur un blog français. L’enfant est présenté comme étant une victime de Boko Haram. Le groupe terroriste a mené à plusieurs reprises des attaques contre des villes et des villages, incendiant des habitations.

Une photo qui montre les victimes d’une secte

La dernière photo, que nous avons également choisi de ne pas diffuser, montre les corps des victimes de la secte Mouvement pour la restauration de Dieu. Le 17 mars 2000, environ 500 membres de la secte millénariste, enfermés dans une église à Kanungu, en Ouganda, ont péri dans les flammes d’un incendie criminel. D’autres victimes seront ensuite retrouvées dans des propriétés. Au total, ce sont 778 personnes qui ont été tuées, selon la police ougandaise, citée par l'AFP.

Les quatre photos reprises par le blog mexicain ne sont pas liées entre elles et ne montrent pas des enfants brûlés en Syrie. Méfiance, donc, si vous croisez ces images sur les réseaux sociaux…

20 Minutes est partenaire de Facebook pour lutter contre les fausses informations. Grâce à ce dispositif, les utilisateurs du réseau social peuvent signaler une information qui leur paraît fausse.

Et vous, avez-vous recensé des intox sur internet ? Réagissez dans les commentaires ci-dessous ou envoyez un mail à l’adresse contribution@20minutes.fr.