VIDEO. Syrie: Non, une vidéo d'enfants victimes de l'attaque chimique n'est pas une mise en scène

FAKE OFF Les Casques blancs ont été accusés à tort d'avoir manipulé une vidéo montrant des enfants recevant des soins après l'attaque chimique qui a frappé Douma, dans la Ghouta...

Mathilde Cousin

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Cette photo est extraite d'une vidéo rendue publique le 8 avril par les Casques blancs syriens. Elle montre des enfants hospitalisés après une probable attaque chimique sur la ville de Douma, dans la Ghouta.
Cette photo est extraite d'une vidéo rendue publique le 8 avril par les Casques blancs syriens. Elle montre des enfants hospitalisés après une probable attaque chimique sur la ville de Douma, dans la Ghouta. — AFP PHOTO / HO / SYRIA CIVIL DEFENCE
  • Le 8 avril, les Casques blancs, une organisation humanitaire syrienne, ont publié une vidéo montrant des enfants recevant des soins après une probable attaque chimique sur la ville de Douma.
  • Un des enfants a des électrodes posées sur la poitrine. Un internaute, qui se présente comme un cardiologue installé en Suisse, a douté de l’authenticité de cette vidéo à partir de la position de ces électrodes.
  • Cet internaute a reconnu son erreur et s’est excusé, mais sa théorie erronée a été reprise sur des blogs.

La vidéo est terrible : on y voit trois jeunes enfants hospitalisés, anormalement pâles. Une fillette semble endormie, reposant sur une couverture, tandis qu’un autre respire dans les bras d’un adulte avec l’aide d’une assistance respiratoire. Le troisième enfant reçoit également une assistance respiratoire. Cinq électrodes sont branchées sur son torse.

La vidéo a été tweetée le 8 avril par les Casques blancs, une organisation syrienne qui se revendique neutre. Selon l’organisation humanitaire, la vidéo montre « des cas d’étouffement parmi les civils (…) à la suite de l’attaque chimique par les avions de guerre du gouvernement syrien contre les civils dans la ville de Douma. »

Un tweet rectificatif très peu relayé

Six jours plus tard, le 14 avril, un homme qui se présente comme un cardiologue installé en Suisse s’indigne sur Twitter, en expliquant que les électrodes sont mal positionnées. Selon lui, la photo est mise en scène.

Son tweet rencontre une forte audience : il est retweeté plus de 12.500 fois en quatre jours. Deux jours plus tard, devant les réponses lui soulignant son erreur, l’internaute reconnaît s’être trompé et s’excuse.

Son tweet rectificatif, comme le souligne une journaliste du Guardian, touche une audience beaucoup plus faible : il n’a été retweeté que 39 fois.

Mais sa première hypothèse, erronée, a été depuis reprise sur des blogs francophones, qui n’ont pas inclus les excuses de l’internaute suisse.

Un profil de « cardiologue » qui interroge

Le profil du cardiologue suisse interpelle : il tweete contre les « mensonges » des « médias mainstream », est abonné à des comptes complotistes sur le 11 septembre et aime des tweets accusant les Casques blancs de propagande.

Sur Twitter, plusieursprofessionnels de santé ont corrigé les affirmations de l’homme qui se présente comme étant cardiologue. « La photo montre des dérivations sur le torse d’un enfant placé sur un respirateur artificiel, explique le docteur Zaher Sahloul, un spécialiste américain des soins intensifs. Ces dérivations sont connectées aux moniteurs pour le pouls, etc. La position des électrodes est appropriée pour recevoir des signaux sur le moniteur. Il n’y a pas de cardiologues à Douma. »

Les Casques blancs visés par plusieurs intox

Les Casques blancs ont été les premiers à faire état d’une attaque chimique le 7 avril à Douma, dans la Ghouta. Ils ont posté plusieurs photos et vidéos montrant des victimes. La nature de l’attaque a été confirmée par Emmanuel Macron, qui a indiqué détenir des « preuves ».

Actifs sur les réseaux sociaux depuis 2013, les Casques blancs font l’objet de nombreuses intox en ligne. A la suite de l’attaque à Douma, ils ont été accusés d’avoir fabriqué des « preuves de crimes de guerre du régime Assad » dans un studio, à l’aide d’images sorties de leur contexte

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