Cette photo n'a pas été prise en Syrie, mais en Irak en 2003.
Cette photo n'a pas été prise en Syrie, mais en Irak en 2003. — Capture d'écran Twitter

FAKE OFF

Syrie : Attention, des fausses images de la Ghouta circulent sur les réseaux sociaux

Mathilde Cousin

Alors que les bombardements redoublent sur l'enclave rebelle, une guerre d'influence se joue sur internet...

  • En Syrie, l'enclave rebelle de la Ghouta subit une nouvelle offensive aérienne de l'armée du régime depuis le 18 février.
  • Des internautes s'immiscent dans cette bataille, en partageant des photos sorties de leur contexte.

Attention, certaines images dans cet article peuvent choquer. Alors que l’enclave rebelle de la Ghouta orientale subit une nouvelle offensive de l’armée syrienne depuis le 18 février, des images douteuses apparaissent sur les réseaux sociaux.

Un photomontage aux origines… libyennes

Dans un post partagé plus de 2.400 fois sur Facebook, un internaute accuse les médias « occidentaux et arabes mainstream » ainsi que les ONG Syria Charity et Casques blancs de manipulation. « Voilà comment sont faites les mises en scène sur les soi-disant massacres en Syrie, « Ghouta Est », pour accuser le gouvernement syrien. »

Ces photos tournent depuis au moins 2015 sur internet.
Ces photos tournent depuis au moins 2015 sur internet. - Capture d'écran Facebook

Toutefois, ces images ne sont pas récentes et ne sont pas toutes liées entre elles : difficile, donc, de dénoncer « une manipulation. » En 2016, déjà, on trouvait ce photomontage sur l’internet russe, où il était abondamment partagé. Les internautes prétendaient dénoncer une manipulation de la part des Casques blancsCette même année, les Casques blancs ont été nommés pour recevoir le prix Nobel de la paix.

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On ne peut connaître avec certitude l’origine de ces différentes images. Elles semblent avoir été publiées sur internet pour la première fois en 2015. En 2016, Les Observateurs de France 24 ont retrouvé les trois photos où l’enfant semble se faire maquiller sur un blog basé à Oman. Les photos ont été publiées en mars 2015.

La dernière photo apparaît dans plusieurs articles en mars 2015, qui montrent des victimes d’un bombardement au Yémen. Mais la photo apparaît déjà sur Facebook en février de cette même année, souligne David Puente, un blogueur spécialisé dans le fact-checking. Et elle n’a pas été publiée sur une page syrienne ou russe, mais sur celle d’une Libyenne, Amal Bayou, candidate aux élections municipales à Benghazi.

La candidate a publié un deuxième post où elle reprend la photo en gros plan du visage de la fille. Elle la présente comme une photo d’une activiste qui a été assassinée. quelle que soit l’origine de ces quatres photos, elles ne montrent pas des victimes des récents bombardements dans la région de la Ghouta.

Cette photo ne montre pas un garçon syrien

« Ce n’est pas une aire de jeux, ce sont les cadavres d’enfants syriens », a tweeté lundi une internaute pakistanaise, en accompagnement d’une photo où l’on voit un enfant sauter par-dessus une rangée de corps emmaillotés et alignés dans une pièce indéterminée. La photo a été reprise sur d'autres comptes Twitter.

Syrie
Syrie - Capture d'écran Twitter

La photo est vieille de 15 ans : elle a été prise en 2003 par le photographe Marco di Lauro en Irak. expliquait le quotidien britannique The Telegraph en 2012. Elle montre des corps entreposés dans une école, en attente d’être identifiés. Ces cadavres ont été découverts dans le désert à 40 km au sud de Bagdad, explique le photographe sur son site. Entre 10 et 15.000 personnes ont disparu dans cette région, où le gouvernement de Saddam Hussein a réprimé un soulèvement chiite après la guerre du Golfe.

Une rivière de sang dans la Ghouta ?

La photo, choquante, a fait sa réapparition sur Twitter, sur un compte pakistanais. La photo est présentée comme étant une rivière de sang.

Cette photo montre bien une ville de la Ghouta, mais elle a été prise en 2015.
Cette photo montre bien une ville de la Ghouta, mais elle a été prise en 2015. - Capture d'écran Twitter

La photo a bien été prise en Syrie, dans la Ghouta, plus exactement dans la ville de Douma. Mais elle a été prise il y a trois ans, en 2015. L’authenticité de l’image avait été vérifiée à l’époque par un producteur du New York Times.

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