Syrie: «Idlib sera la prochaine grande bataille du régime de Bachar al-Assad»

CONFLIT Située à 65 kilomètres d'Alep, la ville d'Idlib pourrait être la prochaine cible d'une offensive du régime de Bachar al-Assad et de ses alliés...

Helene Sergent

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Zone bombardée dans la province de Idlib en Syrie.
Zone bombardée dans la province de Idlib en Syrie. — Uncredited/AP/SIPA

Moins d’une semaine après la chute d’Alep-est aux mains du régime de Bachar al-Assad et de ses alliés, les regards des observateurs et des chancelleries internationales se tournent désormais vers la ville d’Idlib (ou Idleb). Située à 65 kilomètres d’Alep et à proximité de la frontière turque, cette ville du nord-ouest de la Syrie est le dernier bastion, tout comme sa province, tenue par plusieurs groupes rebelles.

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Jeudi 15 novembre à l’occasion d’une conférence de presse à Paris, l’émissaire de l’ONU en Syrie, Staffan de Mistura, a mis en garde : « S’il n’y a pas d’accord politique et de cessez-le-feu, Idleb devient la prochaine Alep ».

Les deux situations sont-elles pour autant comparables ? 20 Minutes fait le point.

Une aide humanitaire présente

Reprise à l’armée syrienne fin mars 2015, la ville est régulièrement la cible de bombardements. Pour autant, selon Fabrice Balanche, maître de conférences à l’Université Lyon-2, spécialiste du Moyen-Orient et auteur de La région alaouite et le pouvoir syrien (éd. Karthala, 2006), la situation humanitaire d’Idlib et de sa province diffère sensiblement de celle observée à Alep ces derniers mois : « L’aide humanitaire continue d’arriver, notamment depuis la Turquie et via diverses ONG islamiques comme 'Syrian Kids Foundation'. Il n’y a pas de comparaison possible avec Alep. Il y a eu de nombreux raids aériens, y compris de drones américains pour éliminer des membres d’Al-Qaïda identifiés dans la région, mais il ne s’agit pas d’un bombardement systématique et d’un pilonnage de la ville comme dans les quartiers est d’Alep ».

Et si le gouvernorat d’Idleb compte entre un million et 1,2 million d’habitants, les bombardements réguliers de ces quatre dernières années « ont fait fuir une grande partie des populations civiles », ajoute Thomas Pierret, maître de conférences à l’université d’Edimbourg et spécialiste de la Syrie. L’arrivée d’habitants des quartiers est d’Alep, évacués progressivement et non sans heurts depuis mardi 14 décembre en direction d’Idlib pourrait toutefois exposer davantage de populations civiles, déjà violemment éprouvées par le siège de la ville voisine.

Un enjeu militaire et quelques incertitudes

Au dela de la seule agglomération, c’est toute la province qui pourrait se retrouver dans le viseur de Bachar al-assad. « C’est la dernière zone majeure contrôlée par les rebelles et plus particulièrement par deux grands groupes : Fatah al-Cham (nouveau nom du Front al-Nosra après sa scission avec Al-Qaïda) et Ahrar al-Cham », détaille Thomas Pierret. Deux groupes radicaux particulièrement entraînés et qui disposent d’une véritable logistique. Pour autant la reprise de la ville par les troupes de Bachar al-Assad n’est pas une certitude nuance le chercheur. « Le régime ne peut pas mener deux grandes offensives en même temps, pour prendre Alep par exemple, il a fallu dégarnir le front de Palmyre. Dans l’immédiat, une offensive semble trop difficile »

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Des difficultés qui risquent de peser peu au regard de l’enjeu militaire et politique analyse Fabrice Balanche : « Ce sera probablement la prochaine grande bataille. Il faut que le régime repousse les rebelles plus loin et qu’il frappe la tête de l’organisation, la tête d’Al Qaïda dans la région. Toute la question reste de savoir comment cela va se faire. De façon extrêmement brutale avec un tapis de bombardements comme à Alep ? Ou après d’éventuelles négociations ? Vu le pedigree des factions rebelles présentes à Idlib, la première option semble la plus probable ».