VIDEO. Syrie: Des médecins français aident leurs homologues «à bout de forces»

GUERRE L’horreur de la guerre. Alors que la situation humanitaire ne cesse de se détériorer en Syrie et notamment à Alep, « 20 Minutes » vous propose un dossier spécial sur cette crise sans fin…

Anissa Boumediene
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En Syrie, particulièrement dans le nord du pays, l'accès aux soins d'urgence comme à la médecine du quotidien est très compliqué.
En Syrie, particulièrement dans le nord du pays, l'accès aux soins d'urgence comme à la médecine du quotidien est très compliqué. — KARAM AL-MASRI / AFP

Comment se soigner en Syrie ? Dans Alep la ravagée, dans toutes les zones non contrôlées par le régime de Bachar al-Assad, où de nombreux personnels soignants ont fui pour sauver leur vie. Où ceux qui sont restés n’avaient pas été formés aux blessures de guerre. Où mettre au monde un bébé, soigner une carie ou même trouver un comprimé de paracétamol est devenu si compliqué. Ce jeudi à Paris, un convoi humanitaire médical a quitté l’Hôtel de Ville en direction d’Alep. Deux camions chargés de matériels et équipements médicaux ont été affrétés par l’ Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux (UOSSM).

Depuis plusieurs années, l’ONG œuvre en Syrie pour former les personnels soignants à la médecine de guerre et installer des structures de soins gracieux un peu partout dans le pays. Les docteurs Raphaël Pitti et Ziad Alissa, respectivement chargé de formation et président de l’UOSSM France, se sont rendus à de nombreuses reprises sur place pour former les médecins syriens.

Des programmes de formation médicale

« On ne voulait pas que les personnels soignants syriens se sentent abandonnés », confie le Dr Raphaël Pitti, spécialiste de la médecine de guerre. C’est ainsi que, début 2012, l’ONG a mis en place des programmes de formation médicale sur le sol syrien. Avec le Dr Ziad Alissa, médecin franco-syrien, il s’est rendu à de nombreuses reprises sur place. Objectif : aider les soignants à établir un protocole de soins le plus efficace possible malgré les conditions plus que difficiles. « La guerre en Syrie est une guerre urbaine. Ce n’est pas la confrontation d’une armée contre une autre, avec un personnel militaire formé à ces blessures spécifiques, indique Raphaël Pitti. Là, les blessés se retrouvent dans des hôpitaux civils, avec des personnels soignants qui doivent faire face à des pathologies propres à la guerre […], confrontés à un afflux incessant de victimes, avec des moyens dégradés et peu de médicaments. »

Raphaël Pitti forme à la médecine d'urgences en Syrie.
Raphaël Pitti forme à la médecine d'urgences en Syrie. - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Formation de protection contre les armes chimiques, mais aussi formation à l’échographie d’urgence pour poser un diagnostic le plus rapidement possible font aussi partie des actions menées en Syrie par l’ONG. Tout comme la formation des secouristes. « 50 % des victimes meurent sur le terrain dans la première heure, donc si la personne qui est à côté ne fait pas le bon geste, le blessé meurt, parce qu’il faut intervenir dans les 5 à 10 minutes, savoir le mettre dans la bonne position, d’où la nécessité de former aussi les secouristes », a rappelé le Dr Pitti à l’occasion de la conférence « What’s up doc' for Syria ? », organisée par l’UOSSM cette semaine à Paris.

« Il y a un manque de tout »

Dans les zones non contrôlées par le régime, s’occuper de sa santé est chaque jour plus compliqué. « Il y a un manque de tout, résume le Dr Ziad Alissa. Il n’y a plus assez de médicaments et de personnels soignants dans les hôpitaux, les patients qui doivent acheter leurs médicaments se retrouvent à faire le tri dans leur ordonnance, faute de pouvoir tout payer. » Là-bas, être diabétique ou souffrir d’hypertension peut coûter la vie des malades. « Des gens souffrant de maladies chroniques sont en grande difficulté, l’un de mes cousins est mort parce qu’il n’avait pas accès à son traitement contre l’hypertension, déplore le médecin. Des patients sous dialyse ne font qu’une séance par semaine au lieu de trois, c’est terrible. »

Le Dr Ziad Alissa, médecin franco-syrien et président de l'UOSSM, le 15 décembre 2016 à Paris, lors du départ du convoi humanitaire vers Alep organisé par son ONG.
Le Dr Ziad Alissa, médecin franco-syrien et président de l'UOSSM, le 15 décembre 2016 à Paris, lors du départ du convoi humanitaire vers Alep organisé par son ONG. - T. REYNAUD/SIPA

Car en l’absence de système de santé, tout devient compliqué. « Certaines équipes médicales préfèrent faire accoucher des femmes enceintes par césarienne plutôt que d’attendre qu’elles aient des contractions, avant de les renvoyer chez elles le jour même, pour leur sécurité. » Illustrant ce « manque de tout », le médecin franco-syrien se souvient d’avoir formé une dame de service d’un hôpital syrien. En quelques semaines à peine, « elle est devenue infirmière, puis sage-femme. Au départ, elle n’avait clairement pas les qualifications, mais elle avait la volonté, et elle était là, alors on l’a accompagnée et formée du mieux qu’on a pu ».

Hôpitaux et personnels soignants pris pour cible

Au cours de leurs nombreux allers-retours en Syrie, Raphaël Pitti et Ziad Alissa ont été témoins de l’état d’épuisement des personnels soignants qu’ils ont rencontrés et formés. « Leur état psychologique est très fragile, témoigne le Dr Alissa, président de la branche française de l’UOSSM. Ils sont à bout de force, ils travaillent jour et nuit, tout en craignant pour leur vie : ils sont, depuis le début du conflit, pris pour cible par le régime de Bachar al-Assad, parce qu’ils sont les témoins de la première heure des atrocités commises par le régime. »

Pour son collègue, « Alep est morte aujourd’hui mais il n’y a pas qu’elle. Le droit humanitaire international est mort à Alep, l’ONU est morte à Alep, l’Europe est morte à Alep, martèle le Dr Raphaël Pitti. J’espère que l’Histoire se souviendra que les héros de ce drame syrien ont été les personnels de santé », poursuit-il, en pensant à tous ceux qui ont secouru et soigné au prix de leur vie.

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