Syrie: Le régime de Bachar al-Assad contrôle désormais les trois-quarts d’Alep

GUERRE Les insurgés sont désormais cantonnés dans le secteur méridional d'Alep-Est, avec des milliers de familles prises au piège...

20 Minutes avec AFP

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Le quartier de Chaar, à Alep-Est, le 5 décembre 2016
Le quartier de Chaar, à Alep-Est, le 5 décembre 2016 — GEORGE OURFALIAN / AFP

Les rebelles syriens sont poussés dans leurs derniers retranchements. L’armée syrienne et ses alliés progressent rapidement dans la partie orientale d’Alep dont ils contrôlent désormais plus des trois quarts.

Alors que les forces prorégime ont continué mardi d’avancer inexorablement à Alep-Est, principal front du conflit, Moscou et Washington s’accusent mutuellement de bloquer toute tentative d’arrêter les violences, qui ont fait des centaines de morts et poussé plus de 50.000 habitants à fuir.

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Progression des forces pro-régime

Pour accentuer la pression sur les rebelles, les aviations syrienne et russe ont multiplié les bombardements dans la province d’Idleb (nord-ouest), voisine d’Alep, tuant mardi 25 civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

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Trois semaines après le début de leur offensive pour reconquérir la totalité d’Alep, les troupes prorégime, appuyées au sol par des combattants venus d’Iran et du Liban et par l’aviation, se sont emparés d’une dizaine de quartiers rebelles ces derniers jours.

Mardi, elles ont repris l’important quartier de Chaar, et sept autres districts situés dans la partie centrale d’Alep-Est, selon l’OSDH. Chaar est « le quartier résidentiel le plus important au coeur d’Alep-Est » et avec sa perte, « les rebelles sont acculés dans la partie Sud et le régime peut accentuer la guerre d’usure », explique le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Submergés par la puissance de feu du régime qui progresse à coups de raids aériens, de barils d’explosifs et de tirs d’obus incessants, les insurgés sont désormais cantonnés dans le secteur méridional d’Alep-Est, avec des milliers de familles prises au piège.

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Le régime contrôle maintenant plus de 75 % de la partie orientale d’Alep tenue par les rebelles pendant quatre ans. Les quartiers Ouest étaient restés sous contrôle gouvernemental.

La reprise totale d’Alep, deuxième ville du pays, représenterait la plus grande victoire du régime dans le conflit, qui a fait plus de 300.000 morts depuis mars 2011.

Appel de six capitales à un cessez-le-feu

Six capitales, dont Paris et Washington, ont appelé ce mercredi à un « cessez-le-feu immédiat » devant la « catastrophe humanitaire » à Alep, exhortant la Russie et l’Iran à « user de leur influence » sur le régime syrien pour y parvenir, dans une déclaration commune publiée par l’Elysée.

« L’urgence absolue est un cessez-le-feu immédiat pour permettre aux Nations Unies de livrer de l’aide humanitaire aux populations de l’Est d’Alep et de porter secours à ceux qui ont fui », souligne cette déclaration commune des dirigeants français, américain, allemand, canadien, italien et britannique.

Les rebelles syriens dans la ville d’Alep ont également appelé mercredi à un cessez-le-feu immédiat de cinq jours et l’évacuation des civils vers une autre région aux mains des insurgés dans cette province du nord du pays, selon un communiqué.

Ce texte appelle à des négociations sur l'« avenir de la ville » une fois que la crise humanitaire aura été surmontée.

Dispute américano-russe

Principale alliée de Bachar al-Assad, qu’elle soutient militairement, la Russie avait annoncé des discussions cette semaine à Genève (Suisse) avec les Etats-Unis pour envisager l’évacuation des milliers de rebelles d’Alep-Est.

Mais cette réunion a été annulée. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en a imputé la responsabilité à Washington, ce qu’a démenti son homologue américain John Kerry, dont le pays soutient les rebelles.

Quant à John Kerry, il a plaidé pour une relance des négociations entre régime et opposition.

La Russie a mis lundi son veto à une résolution de l’ONU demandant une trêve d’une semaine à Alep.

Fort de sa fulgurante progression, le régime syrien a exclu tout cessez-le-feu à Alep-Est « ne prévoyant pas la sortie de tous les terroristes » de la ville. Si les principaux groupes rebelles quittaient Alep-Est - ce qu’ils ont refusé de faire -, ils ne contrôleraient alors plus que la province d’Idleb voisine et quelques poches près de Damas et dans le Sud.