Syrie: Les rebelles lâchent pied à Alep, les civils, eux, sont désespérés

CONFLIT Face aux bombardements et aux combats de rue, des milliers de civils ont fui vers les zones plus sûres...

C. Ape., H. S., avec AFP

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Des bâtiments détruits lors de l'assaut lancé par le régime syrien sur la zone d'Alep contrôlée par les rebelles, le 28 novembre 2016
Des bâtiments détruits lors de l'assaut lancé par le régime syrien sur la zone d'Alep contrôlée par les rebelles, le 28 novembre 2016 — GEORGE OURFALIAN / AFP

La principale place forte de l’opposition syrienne est-elle sur le point de tomber ? Les rebelles ont perdu le tiers de leur bastion d’Alep-Est face aux forces du régime syrien, où le moral des civils est au « plus bas ». Une perte d’Alep-Est infligerait aux différents groupes insurgés - qui vont des « modérés » aux islamistes alliés à des djihadistes - leur pire défaite depuis le début du conflit syrien en 2011.

Le moral au plus bas

Face aux bombardements dévastateurs et aux combats de rue, des milliers de civils continuaient de fuir vers les zones plus sûres après avoir résisté pendant quatre mois au siège imposé depuis juillet par le régime. « Ce sont les pires jours depuis le début du siège. La situation est catastrophique. Il y a un exode massif et le moral est au plus bas », a témoigné Ibrahim Abou Laith, porte-parole des Casques blancs, le service des secouristes en zone rebelle d’Alep.

« Il n’y a ni nourriture, ni eau, ni abri, ni moyens de transport (…) les gens dorment dans la rue », a-t-il ajouté, la voix brisée. « Ma souffrance est indescriptible (…) Jusqu’à quand le monde sera contre nous ? », s’est-il exclamé, en référence au silence international.

« Alep épuisée »

Parmi ceux ayant fui, des milliers d’habitants se sont rendus, souvent sans bagages, en zone gouvernementale. D’autres familles se sont réfugiées dans des quartiers encore contrôlés par les rebelles où des résidents leur ont donné des couvertures pour affronter le froid de la nuit.

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« Alep est trop épuisée pour compter la totalité des morts et des blessés de ces derniers jours… Et c’est devenu d’autant plus compliqué d’avoir des chiffres précis puisque tous les hôpitaux sont désormais hors-service. L’arrivée des forces du régime est devenue l’autre principal problème puis que cela a entraîné de nombreux déplacements de populations internes dans Alep », témoigne Wissam, professeur d’anglais à Alep.

« Maintenant que l’armée Syrienne a repris le quartier d’Hanano, il ne reste plus que quelques familles, ce qui augmente les possibilités de se faire capturer par le régime. Dans les quartiers alentour, les gens ont peur et quittent leurs maisons qu’ils ont parfois bâties de leurs propres mains, c’est douloureux, catastrophique. »

Trop déséquilibré

Les troupes de Bachar al-Assad, forts de leurs moyens militaires supérieurs et l’aide d’alliés étrangers, se sont emparés totalement lundi du nord-est d’Alep, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). En perdant un tiers d’Alep-Est, les rebelles essuient « leur plus grand revers depuis 2012 », a précisé Rami Abdel Rahmane, le directeur de l’OSDH.

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Après avoir mis en échec plusieurs offensives du régime depuis un an, ils sont cette fois-ci submergés par la vaste opération terrestre et aérienne lancée le 15 novembre par l’armée avec le soutien de combattants étrangers aguerris. La lutte est devenue trop déséquilibrée car « nous affrontons l’Iran et la Russie (…) des milices venues du monde entier », a déploré Yasser al-Youssef, un responsable du groupe rebelle Noureddine al-Zinki, un des principaux d’Alep. « L’aviation détruit tout méthodiquement, zone par zone », a-t-il ajouté, alors que les rebelles sont dépourvus de moyens de lutte anti-aérienne.

Vers une défaite de l’opposition et de ses alliés ?

La prise d’Alep par le régime « serait un tournant » dans la guerre qui dévaste la Syrie depuis cinq ans et demi, estime Fabrice Balanche, expert de la Syrie au Washington Institute. Car elle montrerait, selon lui, que « l’opposition est incapable d’avoir un succès majeur sur le plan militaire » et de se poser comme « alternative » face à Damas.

La perte d’Alep-Est marquerait en outre la défaite des alliés de l’opposition, notamment l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, ainsi que les pays occidentaux. Elle renforcerait en revanche les soutiens de Damas, au premier rang desquels la Russie, qui a fortement contribué à faire reculer les rebelles depuis le début de son intervention en septembre 2015. La communauté internationale a gardé le silence sur l’évolution des combats de ces derniers jours. Quant aux Etats-Unis, ils sont paralysés dans l’attente de l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier.

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