Syrie: Washington met en garde Damas et Moscou contre les «atroces» bombardements à Alep

CONFLIT Des bombardements d'une violence inouïe sur les quartiers rebelles de la ville ont tué au moins 27 civils, détruit l'un des derniers hôpitaux du secteur et forcé les écoles à fermer leurs portes...

B.D. avec AFP

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Des habitants d'Alep se réconfortent le 19 novembre 2016 après des bombardements sur les quartiers tenus par les rebelles.
Des habitants d'Alep se réconfortent le 19 novembre 2016 après des bombardements sur les quartiers tenus par les rebelles. — AMEER ALHALBI / AFP

La conseillère américaine à la sécurité nationale Susan Rice a condamné ce samedi les « atroces » bombardements sur les quartiers rebelles de la ville syrienne d’Alep, mettant en garde Damas et Moscou contre les conséquences de tels actes. « Les Etats-Unis condamnent fortement les terribles attaques contre des installations médicales et des travailleurs humanitaires. Il n’y a pas d’excuse pour ces actes atroces », a déclaré Susan Rice. « Le régime syrien et ses alliés, la Russie en particulier, sont responsables des conséquences immédiates et sur le long terme de tels actes ».

L’ONU s’est pour sa part dite « horrifiée » par l’escalade des violences en Syrie et a appelé à un accès immédiat à Alep. « Les Nations unies sont extrêmement attristées et horrifiées par la récente escalade des violences dans plusieurs régions de Syrie et appellent toutes les parties à cesser les attaques indiscriminées contre les civils et les infrastructures civiles », ont déclaré le coordinateur humanitaire de l’ONU pour la Syrie Ali al-Zaatari et le coordinateur humanitaire régional Kevin Kennedy.

Des bombardements d’une violence inouïe menés par le régime syrien sur les quartiers rebelles de la ville d’Alep ont en effet tué au moins 27 civils, détruit l’un des derniers hôpitaux du secteur et forcé les écoles à fermer leurs portes. Pour le cinquième jour consécutif, des roquettes, des obus et des barils d’explosifs s’abattent dans un bruit terrifiant, en faisant trembler le sol et les immeubles. Il n’y a plus de courant électrique et les générateurs sont à l’arrêt faute de mazout dans ce secteur assiégé depuis quatre mois par les forces du régime de Bachar al-Assad.

Les Casques blancs, ces secouristes en zone rebelle, ont publié ce samedi sur leur page Facebook des vidéos et des photos témoignant de la violence des bombardements. Dans l’une des vidéos, on peut voir des volontaires près d’un cadavre couvert de sang dans une rue. « Nous n’avons plus de sacs » pour envelopper les corps, s’écrie l’un d’eux. « Faites vite, faites vite », crie un autre tandis que les secouristes scrutent le ciel pour voir si des avions survolent la zone.

>> Témoignages. Alep: «Il nous reste deux options: mourir ou quitter la ville»

« C’est un jour catastrophique à Alep assiégée, avec des bombardements sans précédent », écrivent les Casques blancs. « Quasiment aucun quartier d’Alep-Est n’a été épargné par les bombardements du régime aujourd’hui », a indiqué Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Cette ONG qui dispose d’un large réseau de sources à travers le pays en guerre a recensé samedi 27 morts, portant à 92 le nombre de civils tués depuis mardi dans les bombardements du régime de Damas.

Ce dernier est déterminé à reprendre coûte que coûte la partie est d’Alep qui lui échappe depuis 2012. Les forces progouvernementales contrôlent l’ouest de cette cité au riche passé historique. Dans ce secteur, deux civils ont été tués par des roquettes tirées par les rebelles, selon les médias officiels. L’émissaire de l’ONU pour la Syrie Staffan de Mistura effectuera dimanche une visite à Damas où il rencontrera le ministre des Affaires Étrangères Walid Mouallem, a indiqué le site du quotidien al-Watan, proche du pouvoir.

« Journée noire »

Les écoles d’Alep-Est ont annoncé dans un communiqué qu’elles suspendaient les cours samedi et dimanche, « pour la sécurité des élèves et des enseignants après les frappes aériennes barbares ». Les structures de secours ont aussi été durement affectées par cette pluie de bombes, plongeant les 250.000 habitants qui résideraient encore dans les quartiers est dans une situation de plus en plus dramatique.

Vendredi, un bombardement sur le quartier de Maadi a mis hors service un des derniers hôpitaux d’Alep-Est après l’avoir détruit partiellement. Deux patients ont été tués et des infirmiers blessés, a indiqué une source médicale. Par ailleurs, le dernier hôpital pédiatrique encore en fonction a été évacué vendredi après avoir été endommagé deux jours plus tôt par des barils d’explosifs, selon l’ONG Association des docteurs indépendants (ADI) qui gère l’établissement. Pour Médecins sans frontières (MSF), il s’agit d'« une journée noire pour Alep-Est où les violents bombardements ont provoqué de lourds dommages aux quelques hôpitaux encore en mesure de fournir des soins médicaux ».

Bombardement et famine

Les forces du régime « entendent combiner bombardements aériens et famine résultant du siège pour obtenir une reddition des rebelles », estime Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie et professeur à l’université d’Edimbourg, en Ecosse. La Russie, qui intervient en Syrie depuis plus d’un an pour soutenir le régime, ne participe pas aux bombardements aériens sur Alep-Est. Mais elle mène depuis mardi des frappes sur la province voisine d’Idleb (nord-ouest), contrôlée par une alliance de rebelles et de djihadistes.

Selon des analystes, Damas et ses alliés veulent aller vite avant la prise de fonction de Donald Trump à la présidence américaine le 20 janvier. « Il est clair que la Russie, Damas et Téhéran veulent reprendre l’est d’Alep rapidement. Les Etats-Unis sont paralysés, il faut (pour eux) mettre Trump devant le fait accompli en janvier prochain », selon Fabrice Balanche, expert de la Syrie au Washington Institute, un centre de réflexion basé aux Etats-Unis.