Syrie: La coalition internationale pourrait avoir bombardé involontairement l'armée syrienne

MONDE Des frappes aériennes contre l'armée syrienne, dans une zone où elle est encerclée par le groupe Etat islamique (EI), ont tué plusieurs dizaines de soldats ce samedi…

20 Minutes avec AFP

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Les chefs de la diplomatie américaine John Kerry et russe Sergueï Lavrov avec l'envoyé spécial de l'ONU Staffan de Mistura à Genève le 10 septembre 2016
Les chefs de la diplomatie américaine John Kerry et russe Sergueï Lavrov avec l'envoyé spécial de l'ONU Staffan de Mistura à Genève le 10 septembre 2016 — XINHUA/SIPA

Une bavure fatale pour la trêve ? Alors que Damas et Moscou accusent la coalition internationale menée par Washington d’avoir tué des dizaines de soldats syriens, le commandement des forces américaines au Moyen-Orient (Centcom) a reconnu ce samedi soir qu’elle pourrait avoir bombardé involontairement l’armée syrienne.

L’armée russe avertie ?

« La Syrie est un théâtre d’opérations complexe avec différentes forces militaires et milices agissant dans un périmètre proche, mais la coalition ne ciblerait jamais intentionnellement une unité militaire syrienne »,a indiqué le Centcom dans un communiqué, expliquant avoir bombardé ce qu’elle pensait être une position de combat djihadiste en Syrie, mais avoir mis fin à cette opération dès que Moscou l’a prévenue qu’il s’agissait peut-être de militaires syriens.

Le communiqué précise que la frappe aérienne s’est produite dans une zone (au sud de Deir Ezzor), où la coalition avait déjà bombardé par le passé. Les Russes avaient été informés au préalable de cette frappe, une démarche « de courtoisie professionnelle » pour ne pas risquer d’incident entre appareils de la coalition et avions russes au-dessus de la Syrie, mais qui n’est pas obligatoire. « La coalition va se pencher sur les circonstances de cette frappe et voir si des leçons peuvent en être tirées », conclut le document.

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Fragile trêve

Ce bombardement meurtrier intervient au cinquième jour d’une fragile trêve issue d’un accord entre les Etats-Unis et la Russie pour tenter de trouver une solution à la guerre qui ravage la Syrie depuis 2011 et a fait plus de 300.000 morts.

Cette trêve a déjà été mise à mal vendredi avec de violents combats et des civils tués dans des bombardements alors que l’aide humanitaire qui devait être livrée à des villes assiégées n’a pas pu être acheminée.

Moscou et Washington se sont adressé des reproches mutuels pour le non-respect des termes de l’accord de trêve. La Russie et son allié syrien ont accusé la coalition internationale d’avoir mené le raid meurtrier près de l’aéroport de Deir Ezzor, dans l’est de la Syrie.

« Des avions de la coalition américaine ont frappé l’une des positions de l’armée syrienne (…) près de l’aéroport de Deir Ezzor », a indiqué l’armée syrienne dans un communiqué relayé par la télévision d’Etat. Les raids ont eu lieu à 17h00 locales (14h00 GMT), selon elle.

La Russie a de son côté précisé que « des avions de la coalition internationale antidjihadistes ont mené aujourd’hui quatre frappes aériennes contre les forces syriennes encerclées par l’EI près de l’aérodrome de Deir Ezzor ».

Des dizaines de soldats tués

L’observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une organisation qui dispose d’un vaste réseau de sources dans le pays en guerre a confirmé que des frappes aériennes avaient touché une position de l’armée syrienne près de cet aéroport mais a indiqué ne pas avoir pu identifier les avions qui l’ont menée.

Selon l’OSDH, au moins 80 soldats syriens ont été tués. La Russie a donné un bilan de 62 soldats morts et d’une centaine de blessés.

La province de Deir Ezzor est tenue par l’EI qui contrôle aussi la majorité de la capitale provinciale éponyme, à l’exception de l’aéroport militaire et de quartiers aux alentours aux mains du régime.

L’agence de propagande de l’EI Amaq a affirmé que le groupe djihadiste avait pris le contrôle de la colline où a eu lieu la frappe aérienne.

12 civils morts depuis lundi

Plus tôt dans la journée, la Russie avait estimé que la situation en Syrie se dégradait, faisant état d’attaques de rebelles opposés au président syrien Bachar al-Assad contre l’armée et des civils.

Selon l’OSDH, depuis lundi, 12 civils sont morts, dont neuf tués par l’armée syrienne et trois par les insurgés, dans les zones concernées par la trêve, c’est-à-dire dans les régions tenues par le régime ou les rebelles.

Les zones contrôlées par les djihadistes, aussi bien du groupe EI que du Front Fateh al-Cham (ex-branche syrienne d’Al-Qaïda), sont exclues du cessez-le-feu. Mais dans certaines zones, les rebelles sont alliés au Front Fateh al-Cham.

« Seules les parties russe et syrienne remplissent entièrement leurs engagements », a affirmé le général Viktor Poznikhir, de l’état-major russe. Moscou a accusé les rebelles de « profiter de la trêve pour se regrouper et remplir les stocks de munitions et d’armements ».

Moscou accuse Washington

La Russie a jugé que Washington serait « responsable » en cas d’échec de la trêve, même si le président Vladimir Poutine s’est dit « plutôt positif que négatif » sur les chances de l’accord de trêve. Mais la Maison Blanche a fait état de la « profonde préoccupation » du président américain Barack Obama sur le fait que « le régime syrien continue de bloquer » l’acheminement de l’aide humanitaire.

Les 250.000 habitants des quartiers rebelles de la métropole d’Alep dans le nord de la Syrie n’ont ainsi toujours pas reçu l’aide promise alors qu’ils manquent de tout depuis qu’ils sont assiégés par les forces du régime syrien. L’ONU comptait faire entrer vendredi dans ces quartiers des camions chargés de vivres et de médicaments mais faute de garanties de sécurité suffisantes, les véhicules sont toujours bloqués dans une zone tampon entre les frontières turque et syrienne.