Syrie: La trêve, soutenue par les Russes et les Américains, peut-elle durer?

DIPLOMATIE Si l’accord russo-américain marque un net pas en avant, il pourrait devenir très vite caduc…

O. P.-V. (avec AFP)

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Un  convoi humanitaire de la Croix-Rouge à Daraya, en Syrie, le 1er juin 2016.
Un convoi humanitaire de la Croix-Rouge à Daraya, en Syrie, le 1er juin 2016. — AP/SIPA

Encore une tentative pour stopper les combats en Syrie. Mais l’accord trouvé dans la nuit de vendredi à samedi par John Kerry et Sergueï Lavrov, chefs des diplomaties américaine et russe, a reçu l’approbation du régime de Damas et de ses alliés, en attendant celui de la rébellion. Il prévoit le début d’une trêve lundi à 18h (heure de Paris), coïncidant avec l’Aïd el-Kebir, pour au moins deux jours. Si la cessation des combats dure au-delà de sept jours, l’accord prévoit la mise en place de corridors humanitaires pour venir en aide aux civils. Il repose cependant sur plusieurs facteurs instables.

  • Sur quoi repose l’accord russo-américain ?

Samedi, à l’issue de leurs négociations, démarrées en juillet, John Kerry et Sergueï Lavrov ont parlé d’un accord « majeur ». Le ministre des Affaires étrangères russes a néanmoins tempéré l’enthousiasme, car si « cela crée les conditions nécessaires pour la reprise du processus politique qui est à l’arrêt depuis longtemps », ce plan ne garantit pas « à 100 % » la fin des combats.

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La base la plus solide du compromis russo-américain est la promesse du régime de Bachar Al-Assad de ne pas recourir à des frappes aériennes pendant la trêve. « Cela devrait mettre fin aux bombes-barils, fin aux bombardements sans discernement, et cela peut potentiellement changer la nature du conflit », pense le chef de la diplomatie américaine. L’agence damascène Sana a indiqué samedi que « le gouvernement syrien a eu connaissance de l’ensemble de l’accord et l’a approuvé ». Ce dimanche, l’Iran et le Hezbollah libanais, soutiens d’Al-Assad, ont fait savoir qu’ils saluaient également cette promesse de cessez-le-feu.

Mais la précédente cessation des hostilités, le 27 février, n’avait même pas tenu une journée, car l’armée syrienne et l’aviation russe avaient poursuivi leurs bombardements sur les zones rebelles, tandis que les djihadistes du Front al-Nosra, affiliés à Al-Qaida, avaient continué eux aussi le combat.

  • La rébellion suivra-t-elle l’accord ?

Le nœud du problème se trouve dans la forte division au sein de l’opposition au régime de Damas. John Kerry a demandé aux combattants de l’opposition modérée de prendre leurs distances avec les groupes djihadistes, en particulier l’ex-Front al-Nosra devenu le front Fatah al-Cham. Russes et Américains attendent de ces « modérés » qu’ils quittent les zones de front qu’ils partagent avec les djihadistes.

Or ceux-ci n’ont reçu aucune promesse de contrepartie, alors qu’ils espèrent la mise en route de négociations internationales pour assurer une transition politique au pouvoir. La coalition hétérogène qu’ils forment avec des groupes comme le Fatah al-Cham (qui assure ne plus être lié à Al-Qaida) a pour objectif de mobiliser autant de forces que possible face aux soldats du régime de Damas, en dépit de leurs divergences de point de vue sur l’après-Al-Assad. L’opposition réunie dans le Haut comité des négociations a précisé ce dimanche ne pas être encore en mesure de réagir au texte russo-américain. « Ni le HCN ni les groupes rebelles n’ont arrêté de position sur l’accord. Il est toujours en cours d’examen », a indiqué Mohammad Allouch, l’un des dirigeants de l’opposition.

De l’autre côté, s’il a soutenu l’accord, le Hezbollah a quand même appelé à poursuivre « la guerre ouverte et implacable contre les terroristes ».

  • Les deux puissances pourraient-elles former une alliance militaire inédite ?

Parmi les dispositions fixées par l’accord entre Kerry et Lavrov, l’une d’elles prévoit une situation inédite, celle d’actions coordonnées contre les groupes djihadistes au travers d’un « centre de commandement commun » permettant notamment le partage d’informations. Russes et Américains qui feraient la guerre main dans la main ? C’est ce qu’a assuré le secrétaire d’Etat si la trêve dure plus d’une semaine. Les Etats-Unis et la Russie font partie, comme la France, de la coalition internationale qui intervient en Syrie, mais les deux pays avaient jusqu’à présent des cibles différentes : les groupes djihadistes pour les Américains, l’ensemble des opposants à Bachar Al-Assad, civils compris, pour les Russes.

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Le partage d’informations est surtout censé améliorer l’efficacité des frappes aériennes contre le Front Fatah al-Cham. « Les Etats-Unis acceptent de faire un pas supplémentaire car nous pensons que la Russie et mon collègue [Sergueï Lavrov, Ndlr] ont la capacité de faire pression sur le régime Assad pour mettre fin à ce conflit et venir à la table des négociations », a expliqué John Kerry samedi. Le Pentagone a rappelé peu après que les engagements pris par les Russes « doivent être totalement respectés avant toute coopération militaire potentielle ». Réponse dans une semaine, voire moins, si la trêve ne tient pas.