Electrocutions, brûlures, viols... La torture dénoncée dans les prisons syriennes

PRISONS Plus de 17.700 détenus ont péri en cinq ans de guerre, a indiqué jeudi Amnesty en dénonçant « une cruauté sous sa forme la plus vile »...

20 Minutes avec AFP

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La prison d'Alep, en Syrie, le 22 mai 2014
La prison d'Alep, en Syrie, le 22 mai 2014 — Uncredited/AP/SIPA

Electrocutions, brûlures à l’eau bouillante, viols… Le régime syrien a eu recours sur une « grande échelle » à la torture dans ses prisons où plus de 17.700 détenus ont péri en cinq ans de guerre, a indiqué jeudi Amnesty en dénonçant « une cruauté sous sa forme la plus vile ». « Ils nous traitaient comme des animaux. J’ai vu le sang couler, on aurait dit un fleuve », affirme Samer, un avocat en parlant de ses anciens gardiens durant sa détention.

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Son témoignage figure parmi les 65 récits d’ex-détenus qui ont croupi dans les prisons des services de renseignement du régime et dans la prison militaire de Saydnaya près de Damas, et ont été recueillis par Amnesty International.

Plus de 300 décès par mois

Les actes de torture y sont « généralisés et systématiques contre tous les civils soupçonnés d’être contre le régime », a ajouté dans son rapport l’ONG basée à Londres en dénonçant des « crimes contre l’Humanité ». Au moins 17.723 prisonniers sont morts en détention depuis le début de la guerre en mars 2011, soit, en moyenne, plus de 300 décès par mois, d’après l’ONG. Mais selon elle, les chiffres réels sont bien plus élevés en citant des dizaines de milliers de disparitions forcées.

De nombreux prisonniers ont été libérés soit après des différentes amnisties décrétées par le régime ces dernières années, soit après des échanges de prisonniers ou après des procès et se trouvent dans des lieux non précisés. Les anciens détenus ont raconté de sinistres rituels à Amnesty, notamment « la fête de bienvenue », durant laquelle les nouveaux détenus sont « roués de coups » au moyen de barres de fer, de plastique ou de câbles électriques Autres sévices : décharges électriques, brûlures à l’eau bouillante et viols.

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Violé à l’aide « d’une matraque électrique »

Omar S. a raconté qu’un gardien avait contraint deux hommes à se déshabiller et avait ordonné à l’un de violer l’autre, le menaçant de mort s’il n’obtempérait pas. Saïd, un militant antirégime, a affirmé avoir été violé, devant son père, à l’aide « d’une matraque électrique » en étant suspendu d’un seul bras et en ayant les yeux bandés.

La plupart des victimes d’exactions « ont raconté avoir vu des personnes mourir en détention, et certaines ont affirmé s’être retrouvées avec des cadavres dans leur cellule », selon l’ONG de défense des droits de l’Homme. Un ex-détenu « raconte qu’un jour la ventilation avait cessé de fonctionner et que sept personnes étaient mortes étouffées » dans des centres de détention surpeuplés, selon Amnesty.

« Le caractère systématique et délibéré de la torture et des autres mauvais traitements à la prison de Saydnaya témoigne d’une cruauté sous sa forme la plus vile et d’un manque flagrant d’humanité », dénonce Philip Luther, directeur pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty. A Saydnaya, où il fait très froid l’hiver, les détenus sont maintenus pendant des semaines dans des cellules souterraines sans couverture, selon le rapport.