Syrie: Dans les quartiers assiégés d’Alep, tous les vivres commencent à manquer

MONDE Depuis ce dimanche, des combats violents opposent les rebelles aux forces de Bachar Al-Assad…

Audrey Chauvet

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Des habitants d'Alep dans un immeuble bombardé.
Des habitants d'Alep dans un immeuble bombardé. — Ameer al-Halbi \ apaimage/SIPA

Alep est une nouvelle fois à feu et à sang. Depuis ce dimanche, les combats opposant les insurgés aux troupes du régime syrien ont redoublé de violence : les rebelles mènent la plus importante opération depuis 2012 pour briser le siège des quartiers de l’est d’Alep, mais les troupes de Bachar Al-Assad, appuyées par des raids russes, contrent leur progression à coups d’attaques aériennes. Pour les populations assiégées, la situation empire de jour en jour : environ 300.000 personnes, dont un tiers d’enfants selon l’Unicef, sont prises en étau, sans aucune issue possible et aucune route permettant d’acheminer du ravitaillement.

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Deux semaines de vivres

Le 17 juillet dernier, les troupes gouvernementales ont en effet pris le contrôle de la route du Castello vers la Turquie, qui permettait aux habitants des quartiers est d’Alep de se ravitailler. « Les agences humanitaires ne peuvent plus rien envoyer à Alep, explique Alexa Reynolds, coordinatrice des programmes de l’ONG Care en Syrie. Il reste de la nourriture pour 145.000 personnes pendant un mois, mais il y a près de 300.000 Syriens bloqués dans les quartiers assiégés. Cela ne fait que deux semaines de stock. »

Plus que la raréfaction des denrées alimentaires, les habitants des quartiers assiégés dénoncent la « cupidité » des commerçants qui ont fait flamber les prix : « Trois jours après le début du siège, mi-juillet, le prix de la bonbonne de gaz pour la cuisine a triplé, passant de 5.000 à 15.000 livres syriennes [10 à 30 euros], et ce matin, elle est à 40.000 [75 euros] », témoigne un habitant d’Alep dans Libération. « Les prix ont augmenté jusqu’à 200 % », confirme Alexa Reynolds. Certains produits, comme les légumes frais, le lait maternel ou le carburant sont devenus rarissimes, soulignent les Nations unies : « Les tentatives pour stabiliser les prix des denrées de base semblent avoir poussé certains commerçants à enlever des produits de leurs rayons », note le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha) dans son dernier rapport.

 

Hôpitaux bombardés

Les tirs de l’armée syrienne visent les bâtiments stratégiques : boulangeries devant lesquelles des dizaines de personnes font la queue, infrastructures d’eau et d’assainissement et surtout hôpitaux. « Il reste encore des infrastructures médicales dans la ville mais elles ne peuvent plus s’approvisionner en médicaments et en matériel. Il faut absolument rétablir un accès humanitaire pour livrer le matériel médical », alerte Alexa Reynolds. L’Ocha fait état de bombardements aériens sur six hôpitaux et un centre d’accès aux soins durant les 15 derniers jours. « Depuis, toutes ces infrastructures, sauf une, ont été en mesure de pratiquer des opérations, mais à leur capacité minimale. Des fournitures médicales essentielles sont encore disponibles pour les trois prochains mois, les denrées alimentaires pour un an et du combustible pour alimenter cinq hôpitaux pendant 10 mois », rapporte l’Ocha.

« Si les frappes sur les centres de santé ne cessent pas immédiatement, il n’y aura bientôt plus aucun service médical viable dans l’est d’Alep, réagit Pablo Marco, chef des opérations de Médecins sans frontières pour le Moyen-Orient. D’autant plus que les hôpitaux ne sont pas les seuls menacés : avec les pénuries de carburant qui risquent de s’aggraver dans les semaines à venir, les ambulances ne pourront bientôt plus circuler. » Les médecins syriens, regroupés sur Twitter par le hashtag #SOSMedecinsAlep, ont lancé un appel à la communauté internationale pour leur venir en aide.

Mais sans possibilité d’entrer dans la ville, les ONG ne peuvent rien faire et les couloirs « humanitaires » censés avoir été installés par le régime syrien pourraient n’être que des leurres. Le gouvernement a promis l’amnistie aux rebelles qui déposeraient les armes en empruntant ces couloirs. Une promesse un peu trop belle pour être vraie aux yeux des habitants d’Alep, qui redoutent d’être pris pour cible par des soldats de Bachar Al-Assad s’ils prennent ces chemins. « Ces couloirs humanitaires n’existent pas, assène Alexa Reynolds. Pour les habitants d’Alep, il est tout aussi dangereux de rester dans la zone assiégée que d’en sortir. Ce n’est pas une proposition "humanitaire" de laisser le choix entre deux options dangereuses. »