Palmyre: Détruite par Daesh, la cité antique sera-t-elle être reconstruite?

SYRIE La cité antique de Palmyre, inscrite au patrimoine mondial de l’humanité, a été reprise par l’armée de Bachar al-Assad aux combattants de l’Etat islamique…

L.C. avec AFP

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Photo de la citadelle de Palmyre en Syrie, publiée le 27 mars 2016 par l'agence Sana. Lancer le diaporama
Photo de la citadelle de Palmyre en Syrie, publiée le 27 mars 2016 par l'agence Sana. — Uncredited/AP/SIPA

Palmyre a été reprise aux combattants de l’Etat islamique (EI) par l’armée de Bachar al-Assad. Les joyaux archéologiques de cette cité de plus de 2.000 ans inscrite par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité ont été endommagés par des combats et des pillages. La « perle du désert » syrien peut-elle être restaurée ? Les avis divergent.

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Que reste-t-il de la cité antique de Palmyre ?

Outre la citadelle du XIIIe siècle, qui a été endommagée lors des combats pour la prise de la ville, les djihadistes de l’EI, qui ont occupé Palmyre pendant dix mois, ont détruit les temples de Bêl et Baalshamin, l’Arc de triomphe, plusieurs tours funéraires ainsi que le Lion d’al-Lât.

Carte localisant l'avancée des troupes du régime syrien à Palmyre le 25 mars.
Carte localisant l'avancée des troupes du régime syrien à Palmyre le 25 mars. - PAUL DEFOSSEUX, OMAR KAMAL, JOYCE HANNA / AFP

 

Le chef des Antiquités et des Musées de Syrie Selon estime que « 80 % des ruines antiques sont en bon état ». « Mes collègues sont arrivés lundi à Palmyre et je leur ai demandé de procéder à une évaluation de l’état des pierres et de la vieille ville. Ils photographient et documentent les dommages, et ensuite la restauration pourra commencer », a expliqué ce lundi Maamoun Abdelkarim. Selon lui, « rien n’a été volé » en raison de la pression de la population de la ville.

Des travaux de cinq ans ?

Pour le chef des Antiquités et des Musées de Syrie, il est envisageable de réhabiliter les monuments détruits ou endommagés. « Si nous avons l’approbation de l’Unesco, il nous faut cinq ans pour restaurer les bâtiments détruits et endommagés par l’EI », a déclaré Maamoun Abdelkarim. « Nous avons le personnel qualifié, nous avons le savoir-faire et nous avons les études, il faut bien sûr l’accord de l’Unesco et nous pourrons commencer les travaux dans un an ».

« Nous devons nous occuper immédiatement de la citadelle car elle est en danger en raison des dégâts subis et nous devons commencer tout de suite l’évaluation de l’état des pierres de Bêl et Baalshamin », a estimé Maamoun Abdelkarim. Il a confié que la directrice générale de l’Unesco Irina Bokova l’avait personnellement félicité ce lundi pour la libération de Palmyre et qu'« une réunion exceptionnelle » aura lieu cette semaine au siège de l’Unesco à Paris.

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Un projet « illusoire » ?

En revanche, la restauration de la cité antique de Palmyre laisse Annie Sartre-Fauriat « perplexe ». « Tout le monde s’enflamme parce que Palmyre est libérée, entre guillemets, mais il ne faut pas oublier tout ce qui a été détruit et la catastrophe humanitaire du pays. Je suis très perplexe sur la capacité, même avec l’aide internationale, de rebâtir le site de Palmyre », a indiqué ce lundi à l’AFP cette historienne spécialiste du Moyen-Orient et membre du groupe d’experts constitué par l’Unesco en 2013 sur le patrimoine syrien.

« Quand j’entends dire qu’on va reconstruire le temple de Bêl, ça me paraît illusoire. On ne va pas reconstruire quelque chose qui est à l’état de gravats et de poussière. Construire quoi ? un temple neuf ? Il y aura peut-être d’autres priorités en Syrie avant de reconstruire des ruines », observe-t-elle. Pour démarrer des travaux, il faudra attendre « que la guerre soit finie et que le site soit sécurisé », a rappelé l’historienne. « Tant que l’armée syrienne est dedans, je ne suis pas rassurée, il ne faut pas oublier que l’armée, qui occupait le site entre 2012 et 2015 a fait beaucoup de dégâts et de pillages ».

« Un vrai saccage »

Selon Annie Sartre-Fauriat, qui reçoit heure par heure des photos et vidéos transmises du terrain à différents sites spécialisés en archéologie, « beaucoup de vestiges devront être passés par perte et profits ». Ainsi, une vidéo qu’elle a reçue ce lundi montre pour la première fois l’intérieur du Musée de Palmyre, qui avait été transformé par l’EI en tribunal. « C’est un vrai saccage. Contrairement à ce qu’on pensait, le musée n’avait pas été vidé des pièces qu’il contenait, car le service des antiquités n’a eu que 48 heures pour emballer, et les pièces monumentales n’ont pas pu être emportées ».

Une photo du Musée de Palmyre (Syrie), publiée le 27 mars 2016 par l'agence Sana.
Une photo du Musée de Palmyre (Syrie), publiée le 27 mars 2016 par l'agence Sana. - Uncredited/AP/SIPA

Selon les photos prises sur place, « les personnages sur les couvercles des sarcophages ont été martelés, toutes les statues ont été renversées, décapitées, brisées etc. »

Une photo du Musée de Palmyre (Syrie), publiée le 27 mars 2016 par l'agence Sana.
Une photo du Musée de Palmyre (Syrie), publiée le 27 mars 2016 par l'agence Sana. - Uncredited/AP/SIPA

Les plaques funéraires, qui sont typiques de Palmyre, « ont été arrachées sauvagement des murs, probablement pour être vendues par Daech sur le marché de l’art », ajoute-t-elle. Le monumental Lion d’al-Lât tenant une gazelle entre ses pattes, qui avait été restauré et installé à l’entrée du musée « a été renversé, martelé, cassé, mais peut-être y a-t-il une possibilité de le récupérer car il n’a pas été pulvérisé », souligne-t-elle.