Aldar Xelil (centre) du Mouvement pour une société démocratique, et Hamad Sheikh Shihadeh (droite), chef du clan Naim, s'expriment devant plus de 150 représentants de partis kurdes, arabes ou assyriens à Rmeilan, en Syrie, le 16 mars 2016
Aldar Xelil (centre) du Mouvement pour une société démocratique, et Hamad Sheikh Shihadeh (droite), chef du clan Naim, s'expriment devant plus de 150 représentants de partis kurdes, arabes ou assyriens à Rmeilan, en Syrie, le 16 mars 2016 — DELIL SOULEIMAN AFP

CONFLIT

Syrie: Les Kurdes proclament leur autonomie

Cette initiative inédite a été immédiatement rejetée par le régime de Bachar al-Assad et les Etats-Unis...

Exclus des négociations sur la fin du conflit en Syrie qui ont court actuellement à Genève, les Kurdes ont voulu envoyer un message fort sur leur détermination à décider de leur propre avenir s’ils étaient ignorés. Profitant de leur statut d’acteur incontournable dans le conflit commencé voici cinq ans ( notamment dans la lutte contre les membres de Daesh), les Kurdes de Syrie ont proclamé, ce jeudi, une région fédérale dans le nord du pays.

Unir « cantons » kurdes, zones conquises du Nord et zone « d’administration autonome »

L’annonce a été faite lors d’une réunion de deux jours à Rmeilane (nord-est) réunissant plus de 150 représentants de partis kurdes, arabes et assyriens. « Le système fédéral a été approuvé pour la région Rojava (Kurdistan syrien) - Nord de la Syrie », a ainsi déclaré Sihanouk Dibo, un responsable du Parti de l’Union démocratique (PYD), principal parti kurde en Syrie.

Il s’agit d’unir les trois « cantons » kurdes (Afrine, Kobané et Jaziré) et les zones récemment conquises par les forces kurdes dans le nord syrien au sein de la zone d'« administration autonome » mise en place depuis le début du conflit.

Deux présidents, un Arabe et une Kurde, élus à la tête du conseil

Les Kurdes font valoir que leur projet est fondé sur une base « territoriale » et non « ethnique », avec des représentants de la population arabe et d’autres minorités dans ces zones. Selon un correspondant de l’AFP, présent sur place, deux présidents, un Arabe et une Kurde, ont d’ailleurs été élus à la tête du conseil en charge d’appliquer ce système fédéral.

 

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Mais l’idée même de fédéralisme nourrit les craintes d’une partition de la Syrie, morcelée entre plusieurs belligérants depuis le début de la guerre. De fait, cette initiative inédite, qui s’apparente à une autonomie de facto, a été immédiatement rejetée par le régime de Bachar al-Assad. De leur côté, les Etats-Unis, qui ont soutenu et même encouragé les Kurdes dans leur lutte contre l’EI, ont d’ores et déjà prévenu qu’ils ne reconnaîtraient pas la création d’une région unifiée et autonome kurde et refuseraient le démantèlement du pays.

 

 

Damas a mis en garde contre toute intention de « porter atteinte à l’unité du territoire »

La région concernée, frontalière de la Turquie, va très certainement provoquer l’ire d’Ankara qui considère les forces kurdes syriennes comme « terroristes » à l’instar du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Une source diplomatique turque a signalé mercredi que « les initiatives unilatérales ne peuvent pas être valables ».

Peu après l’annonce, une source au ministère des Affaires étrangères à Damas a « mis en garde toute partie ayant l’intention de porter atteinte à l’unité du territoire », estimant que « toute annonce en ce sens » n’avait « aucune valeur juridique ».

Bientôt une nouvelle Constitution ?

Qu’importe. Ibrahim Ibrahim, un responsable kurde, a souligné ce jeudi que « le système fédéral dans le nord de la Syrie s’inscrivait dans ce que les Kurdes, qui contrôlent 14 % du territoire syrien (26.000 km2) contre 9 % en 2012, considèrent comme « une nécessité », soit « l’adoption du fédéralisme à l’échelle de toute la Syrie ».

Le responsable a ainsi fait savoir qu’une « nouvelle Constitution déterminera la relation entre le centre à Damas et les districts fédéraux ».