Guerre en Syrie: «Si j’étais resté là-bas, je serais mort d’un coup, ici j’ai parfois l’impression de mourir par petits morceaux»

TÉMOIGNAGES Il y a cinq ans, une manifestation à Damas marquait le début du soulèvement contre le régime de Bachar al-Assad qui s'est mué en une guerre civile meurtrière...

Laure Cometti

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Un réfugié à Calais, le 23 février 2016 (illustration).
Un réfugié à Calais, le 23 février 2016 (illustration). — Tristan Reynaud/SIPA

Ils sont syriens, ils ont fui la guerre et ils sont arrivés en France. Depuis le début du conflit qui entre ce mardi dans sa sixième année, l’Hexagone a accueilli environ 10.000 Syriens. 20 Minutes a rencontré quelques-uns de ces réfugiés. Après un exode forcé et parfois long, ils sont soulagés d’habiter dans un pays en paix. Mais ils doivent affronter de nombreux obstacles : l’apprentissage de la langue française, les démarches administratives et la recherche d’un logement et d’un travail.

« En deux ans, nous avons déménagé sept fois »

Hissam Saad a quitté Damas avec son épouse et sa fille de seize ans en juillet 2013. Près de trois ans après son arrivée à Paris, il vient de trouver un logement pour sa famille. « En deux ans, nous avons déménagé sept fois. Même si nous avons obtenu un titre de séjour au bout de six mois, ça ne nous a pas aidés à trouver un toit. Le plus dur, ce sont les démarches administratives », explique-t-il en français.

Arrivé il y a quelques mois, Hassan a pu bénéficier d’une place dans un foyer en région parisienne. « Une chambre de 6,57 mètres carrés », précise cet architecte originaire de Homs. « La semaine dernière, quelqu’un est entré et m’a volé des affaires, je ne possède pourtant pas grand-chose », lâche-t-il.

Rudi, 28 ans, réfugié syrien arrivé en France en avril 2012.
Rudi, 28 ans, réfugié syrien arrivé en France en avril 2012. - Hamsho Assem

Rudi, 28 ans, a quitté Damas en avril 2012. A son arrivée à Paris, il n’a pas eu de place en centre d’hébergement et a dû compter sur la solidarité de la communauté syrienne en France.

Le difficile apprentissage du français

Khaled a un peu plus de chance. Arrivé il y a huit mois, ce jeune homme de 23 ans a pu rejoindre sa mère et sa sœur dans un appartement à Tours (Indre-et-Loire). Tous trois ont fui Raqqa, fief syrien de l’Etat islamique, en passant par la Turquie. Désormais, le plus dur « c’est d’apprendre le français », dit-il dans un anglais timide. Il est content d’avoir commencé à suivre les cours du diplôme « Français langue étrangère pour les populations réfugiées en insertion universitaire » de l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, il y a une semaine. Jusqu’à la mi-juillet, il sera logé à la Cité universitaire.

Rudi a quant à lui financé ses cours de français en faisant la plonge dans des restaurants, un boulot alimentaire payé au noir.

« Ici, j’ai parfois eu l’impression de mourir par petits morceaux »

Ces réfugiés sont autant marqués par le conflit qu’ils ont été obligés de fuir que par la difficulté de se retrouver exilé dans un pays qu’ils n’ont pas toujours choisi et dans lequel ils n’ont guère de repères. Beaucoup décrivent des symptômes s’apparentant à la dépression.

« Si j’étais resté en Syrie, je serais mort d’un coup, ici j’ai parfois eu l’impression de mourir par petits morceaux », confie Hissam Saad. A 61 ans, ce chirurgien a le sentiment d’avoir « tout perdu ». Impossible pour lui d’exercer en France sans passer d’équivalence. Mais ce père de famille dont le fils a été tué après son service militaire n’en a « plus la force ». « C’est la première année qui a été la plus difficile », relativise-t-il.

Bien que le conflit s’enlise, tous souhaitent retourner un jour dans leur pays. Hassan l’architecte rêve de « reconstruire son pays démoli ». En attendant de pouvoir rentrer en Syrie, Rudi essaie d’aider ses compatriotes qui continuent d’arriver en France, notamment en les accueillant bénévolement à l’aéroport. En 2015, ils étaient plus de 5.000 à demander l’asile dans l’Hexagone selon l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).

 

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