Syrie: Quelques chutes d'obus rompent le calme du premier jour de trêve

CONFLIT La trêve, entrée en vigueur ce samedi, ne concerne que le régime syrien et les rebelles, pas Daesh et le Front Al-Norsa...

20 Minutes avec AFP
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Première journée de trève en Syrie depuis 5 ans. Ici, la place Marjeh, à Damas, le 27 février 2016.
Première journée de trève en Syrie depuis 5 ans. Ici, la place Marjeh, à Damas, le 27 février 2016. — Hassan Ammar/AP/SIPA

« Alors la guerre est finie ? Je peux rentrer. » Pas si sûr, a-t-on envie de répondre à ce Syrien exilé en Allemagne. En effet, si les armes se sont tues dans la majorité des principales villes de Syrie samedi, au premier jour de l’entrée en vigueur de la trêve entre le régime de Damas et les rebelles, une dizaine d’obus sont tombés près de la place des Abbassides à Damas.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) et des militants, un calme précaire régnait dans les provinces centrales de Homs et Hama, dans celle de Damas et dans la région d’Alep (nord). Aucun raid aérien n’était signalé contre les régions rebelles. Une journaliste de l’AFP, qui s’est rendue aux abords de la capitale Damas, a constaté une quiétude inhabituelle et n’a vu aucune colonne de fumée s’élever de fiefs rebelles comme Jobar et la Ghouta orientale, contrairement aux jours précédents.

Des obus tirés à Alep

Dans la ville d’Alep, qui depuis juillet 2012 est un champ de bataille entre régime et insurgés, deux personnes ont été tuées et quatre blessées dans le quartier kurde de Cheikh Maqsoud, par des obus tirés par le Front al-Nosra, selon l’OSDH. Mais les incidents constatés ce samedi à Damas ou Alep restent extrêmement mineurs par rapport au déluge de feu qui marquait le quotidien des habitants dans l’ensemble du pays avant l’entrée en vigueur de la trêve.

L’accord de cessation des hostilités appliqué à partir de minuit locale (vendredi 23 h heure français) et initié par Washington et Moscou, deux acteurs majeurs dans le conflit, a reçu le soutien du Conseil de sécurité de l’ONU qui a adopté vendredi à l’unanimité une résolution « l’approuvant pleinement ».

Cet accord ne concerne que les zones de combat entre les forces du régime, appuyées par l’aviation de l’allié russe, et les rebelles syriens. Les groupes djihadistes Etat islamique et Front al-Nosra (branche syrienne d’Al-Qaïda) qui contrôlent plus de 50 % du territoire, en sont exclus.

Malgré l’espoir que suscite l’accord, la complexité de la mise en application de la trêve, notamment en raison de l’alliance des rebelles avec le Front Al-Nosra dans plusieurs régions, rend sceptiques les analystes. François Heisbourg, président de l’International Institute for Stategic Studies (IISS, Londres) s’est ainsi dit « extrêmement sceptique sur la possibilité pour ce cessez-le-feu de tenir, compte tenu de l’intrication entre les groupes rebelles considérés comme terroristes par les Russes et ceux qui échappent à ce label ».

L'armée russe suspend ses vols

Pour soutenir l’accord et empêcher toute erreur de bombardement, l’armée de l’air russe a annoncé la suspension, pour la journée, de toutes les sorties de son aviation au-dessus de la Syrie où elle bombardait depuis fin septembre zones rebelles et djihadistes.

Ainsi les « Casques blancs » qui sauvent des décombres les victimes dans les régions rebelles après les bombardements du régime ont résumé avec humour l’ambiance sur twitter : « Fermé pour cause de cessez-le-feu ».



Pour l’Union européenne, cette « première cessation des hostilités en cinq ans de conflit ne doit pas être gâchée », alors que le conflit dévastateur a fait plus de 270 000 morts, déplacé plus de la moitié de la population et déstabilisé le Moyen-Orient et l’Europe avec son lot de réfugiés.