Syrie: Deux jours après l'accord de Munich, le spectre d'une nouvelle «guerre froide» réapparaît

CONFLIT Malgré l’accord conclu entre Russes et Américains pour la « cessation des hostilités », la crise syrienne s'enfonce inexorablement vers un conflit international…

Helene Sergent

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Le chef de la diplomatie américaine John Kerry (d) et son homologue russe Sergueï Lavrov, le 11 février 2016 à Munich
Le chef de la diplomatie américaine John Kerry (d) et son homologue russe Sergueï Lavrov, le 11 février 2016 à Munich — Christof STACHE AFP

En quelques heures, le maigre espoir suscité par l’accord conclu vendredi 12 février entre les 17 pays membres du Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG), dont les Etats-Unis et la Russie, a été réduit à néant. La « cessation des hostilités » et l’élaboration d’un plan prévoyant un accès humanitaire à certaines villes assiégées, actées après cinq heures de négociations, ont été anéanties ce week-end par les bombardements turcs contre les Kurdes et la poursuite des frappes russes contre l’opposition syrienne.

« Une nouvelle guerre froide »

Ce dimanche l’éventualité d’une trêve semble déjà bien loin, la Turquie et la Russie, s’accusant mutuellement d’envenimer la situation sur le terrain. Au cours d’une longue intervention à la tribune de Munich, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a dénoncé le projet d’une intervention au sol des pays de la coalition et a déclaré que le monde était entré dans une « nouvelle guerre froide ».


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Un discours qui a passablement irrité l’opposition syrienne. La Russie, alliée du régime de Bachar al-Assad, est soupçonnée par la communauté internationale de bombarder depuis plusieurs mois les positions de groupes de l’opposition modérée.

Or la Russie a voté en faveur d’une résolution de l’ONU exigeant l’arrêt des bombardements et la concentration des frappes sur les groupes terroristes Al Nosra, Daesh et Al-Qaida. Un engagement qu’a tenu à rappeler Barack Obama à son homologue russe Vladimir Poutine dans un communiqué publié dimanche. Présent à Munich samedi 13 février, Manuel Valls a également demandé à la Russie de cesser ses bombardements en Syrie.

Vers une intervention au sol de la Turquie

L’autre pan d’un enlisement international concerne le rôle trouble joué par la Turquie dans le conflit syrien. Le pays, pourtant membre de l’OTAN et de la coalition internationale en Irak et en Syrie, vise régulièrement les forces armées des Kurdes de Syrie et celles du régime syrien, dans le nord du pays. Samedi et hier, c'est à l'arme lourde que la Turquie a frappé les Kurdes, une première. Une situation inconfortable pour les Etats-Unis, à la fois alliés de la Turquie et soutien des Kurdes contre les djihadistes. La France a de son côté exprimé «sa préoccupation à l'égard de la dégradation continue de la situation dans la région d'Alep et au nord de la Syrie».

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D’autant que le président Erdogan a décidé ce week-end, d’ouvrir une de ses bases aériennes à des avions de chasse saoudiens. Les autorités turques justifient la manœuvre en assurant qu’il s’agit seulement de « regrouper » les troupes pour bombarder Daesh mais le chef de la diplomatie turc a également évoqué la possibilité de lancer une opération au sol en territoire syrien, contre le groupe terroriste. Une déclaration immédiatement contrecarrée par le russe Dmitri Medvedev qui a déploré, dans un entretien à la presse allemande, un scénario qui « entraînerait tout le monde dans la guerre ».

L’implication grandissante des acteurs extérieurs au conflit et le non-respect des accords par les différentes parties prenantes accentuent la crise humanitaire et sécuritaire, non seulement dans la région, mais également en Europe et en Turquie, principales destinations d’exil des populations fuyant la guerre.