Syrie: Les frappes russes visaient-elles Daesh ou l'opposition syrienne?

ARMÉES Moscou affirme avoir touché des cibles de l'organisation terroriste mais Washington et Paris émettent des doutes...

20 Minutes avec AFP

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Le président russe Vladimir Poutine, le 30 septembre 2015 à New York.
Le président russe Vladimir Poutine, le 30 septembre 2015 à New York. — Alexei Nikolsky/AP/SIPA

Les frappes aériennes menées ce mercredi par l’armée russe en Syrie visaient-elles des positions de Daesh ? Les objectifs de Moscou suscitent le doute : s’agit-il de combattre Daesh, comme l’affirme le Kremlin, ou de renforcer militairement le régime de Bachar al-Assad ?

​Selon une source de sécurité syrienne, l’aviation russe, en coopération avec l’armée syrienne, a frappé « des positions terroristes » situées dans trois provinces de Syrie, à Hama, Homs et Lattaquié, dans le nord-ouest et le centre du pays. L’aviation russe a effectué vingt sorties aériennes et touché « huit cibles du groupe Etat islamique » en Syrie, détruisant notamment un poste de commandement de Daesh, a annoncé ce mercredi le ministère russe de la Défense.

Pour le Pentagone, cette intervention ajoute « de l’huile sur le feu »

Mais le Pentagone a contesté ces affirmations. Les frappes menées par la Russie en Syrie ont visé des zones où il n’y avait « probablement » pas de forces de l’organisation terroriste Etat islamique, a indiqué ce mercredi le secrétaire à la Défense américain, Ashton Carter. Le chef du Pentagone a également estimé que la stratégie russe en Syrie, en ne prévoyant pas de transition politique et un départ de Bachar al-Assad, risquait d’ajouter « de l’huile sur le feu » du conflit.

Les Etats-Unis et la communauté internationale sont mis devant le fait accompli des initiatives militaires et diplomatiques russes en Syrie.

Paris demande des précisions

Quelques heures après les premiers bombardements russes en Syrie, le secrétaire d’Etat John Kerry a déclaré devant les Nations unies que Washington n’était pas opposé aux frappes russes à condition qu’elles visent vraiment les positions de Daesh et Al-Qaïda. Mais les Etats-Unis s’opposent à ces frappes si elles ne visent pas ces groupes terroristes. « Nous avons dit clairement que nous aurions de sérieuses inquiétudes si la Russie devait frapper des zones où il n’y a pas d’opérations de l’Etat islamique et de (groupes) affiliés à Al-Qaïda », a-t-il déclaré lors de la réunion du Conseil de sécurité.

De son côté, la France a exigé ce mercredi des garanties sur l’objectif réel des frappes russes en Syrie. « Bien sûr, il faut lutter au maximum et collectivement contre Daesh. Et tous ceux qui veulent nous rejoindre sont les bienvenus, à trois conditions », a déclaré le chef de la diplomatie française Laurent Fabius lors d’une conférence de presse. « Les frappes doivent être dirigées contre Daesh et les autres groupes terroristes, pas contre la population civile et l’opposition modérée », a-t-il insisté.

« Il faudra vérifier si les frappes russes menées aujourd’hui respectent cette condition », a-t-il dit, se défendant de vouloir faire un « procès d’intention » aux Russes, mais faisant état « d’indications » selon lesquelles les frappes opérées par Moscou n’avaient pas ciblé Daesh.

L’armée russe cible-t-elle l’opposition syrienne ?

Or, un responsable américain de la Défense affirme que les frappes russes visaient l’opposition au régime de Bachar al-Assad. « Nous n’avons pas vu de frappes contre le groupe Etat islamique, nous avons vu des frappes contre l’opposition syrienne », a-t-il déclaré.

« Ils frappent des zones qu’ils ont déjà observées » ces jours derniers, a-t-il précisé, ajoutant que « très probablement ils sont en train de permettre aux forces syriennes de reprendre des territoires à l’opposition syrienne non-extrémiste ».