Syrie: Le maintien de Bachar al-Assad n'est presque plus tabou pour les puissances occidentales

GÉOPOLITIQUE La Russie et l'Iran, alliés indéfectibles de Damas, sont en train de rallier des soutiens, même en Occident...

Laure Cometti
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La crise syrienne est-elle en train d’entrer dans un tournant décisif ? La stratégie pour mettre un terme à la guerre, qui est entrée dans sa cinquième année, sera au cœur de la 70e assemblée générale des Nations unies qui s’ouvre ce lundi à New York, aux Etats-Unis. Bachar al-Assad doit-il être associé à la recherche d’une solution politique ? La Russie et l’Iran, alliés indéfectibles du régime de Damas, travaillent d’arrache-pied pour imposer cette stratégie. Alors que les puissances occidentales ont récemment nuancé leur opposition au président syrien, 20 Minutes fait un état des lieux des prises de position diplomatiques sur la Syrie.

  • La Russie, un soutien de longue date à Bachar al-Assad

Moscou a toujours soutenu Bachar al-Assad comme rempart face à la montée des mouvements djihadistes en Syrie et au Moyen-Orient. Ecartée du jeu diplomatique par la crise ukrainienne, la Russie est désormais sur le devant de la scène. En maintenant des relations avec Damas et en renforçant ostensiblement sa présence militaire en Syrie, Vladimir Poutine est devenu « l’acteur clé de la résolution de cette crise », analyse Hasni Abidi, directeur du CERMAM.

  • Les Etats-Unis mettent de l'eau dans leur vin

Si les Etats-Unis ont régulièrement haussé le ton au cours de l’été face au renforcement de la présence militaire russe en Syrie, la Maison Blanche a infléchi sa position. Le calendrier de départ du président syrien est désormais « négociable ». Barack Obama a déclaré ce lundi que « les Etats-Unis sont prêts à travailler avec tous les pays, y compris la Russie et l’Iran, pour résoudre le conflit ». Il doit s’entretenir avec Vladimir Poutine ce lundi, lors de leur première rencontre bilatérale depuis deux ans.

  • L’Angleterre et l'Allemagne désormais prêtes à faire des concessions

A l’instar de Washington, Londres et Berlin ne posent plus le départ immédiat de Bachar al-Assad comme préalable à toute négociation. « Il faut parler avec de nombreux acteurs, et cela implique Bachar al-Assad », a déclaré jeudi Angela Merkel.

Pourquoi ce revirement ? « Les opposants au régime d’Assad n’ont pas de stratégie claire et paient le prix fort pour leurs méthodes erronées », estime Karim Bitar, directeur de recherche à l’Iris, cité par l’AFP. Selon Hasni Abidi, « la crise migratoire, qui a provoqué un déclic, a aussi joué un rôle dans ce retour en arrière. Si Assad est remis en selle, c’est parce qu’il perd sur le plan militaire » dans un pays où l’avancée de Daesh préoccupe l’Occident, poursuit le chercheur.

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  • La France reste encore à convaincre

La position française est plus ambiguë. François Hollande a réaffirmé dimanche que « l’avenir de la Syrie ne peut pas passer par Bachar al-Assad ». L’Elysée, qui a décidé de mener des frappes aériennes anti-Daesh dimanche, tente de reprendre la main sur le dossier syrien. François Hollande s’est entretenu dimanche avec son homologue iranien Hassan Rohani, car il souhaite que l’Iran joue un rôle de « facilitateur » dans le règlement politique du conflit syrien.

  • La Turquie est prête à envisage la transition politique syrienne avec al-Assad

Ankara semble aussi opérer un tournant diplomatique. Le président turc Recep Erdogan, qui a toujours exigé le départ de Bachar al-Assad, a déclaré que le président syrien pourrait être intégré dans une transition politique. « Il est possible que ce processus se fasse sans Assad, comme ce processus de transition peut se faire avec lui », a-t-il affirmé jeudi, des propos rejetés ce lundi par le Premier ministre turc.

  • L’Arabie Saoudite (et les pays sunnites) entre «surprise et déception»

« Les pays du Golfe ont beaucoup misé sur le départ d’Assad en soutenant des groupes d’opposition. Ils sont entre la surprise et la déception », affirme Hasni Abidi. La chancelière allemande, qui veut dialoguer avec « les Etats-Unis, la Russie, mais aussi avec les partenaires régionaux importants, l’Iran, des pays sunnites comme l’Arabie saoudite », a raison de tendre la main aux pays du Golfe, estime le chercheur, pour endiguer tout sentiment d'« humiliation ».