Frappes en Syrie: Quatre questions pour comprendre l'intervention française

GUERRE La France a frappé dimanche pour la première fois des positions de l'organisation Etat islamique en Syrie...

Céline Boff avec AFP
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Photo d'archives, diffusée le 8 septembre 2015 par l'Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense (ECPAD), montrant un Rafale français décoller pour une mission de surveillance et de reconnaissance au-dessus de la Syrie.
Photo d'archives, diffusée le 8 septembre 2015 par l'Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense (ECPAD), montrant un Rafale français décoller pour une mission de surveillance et de reconnaissance au-dessus de la Syrie. — AFP PHOTO / ECPAD

Elle a frappé. Dimanche, la France a mené son premier raid aérien en Syrie. Elle a visé un camp d’entraînement du groupe terroriste Daesh, situé près de la ville de Deir Ezzor, dans l’Est du pays. Pourquoi François Hollande intervient-il maintenant ? Et que va-t-il se passer à présent ? 20 Minutes fait le point.

Pourquoi la France frappe-t-elle maintenant ?

Si la France frappe déjà en Irak, elle s’était jusqu’à présent interdit d’intervenir en Syrie, par crainte de conforter le président Bachar al-Assad. Mais François Hollande a récemment changé de stratégie et invoque désormais la crise des réfugiés, les menaces terroristes et « la légitime défense » pour justifier une intervention. D’après les analystes, le calendrier suivi par le président français ne doit rien au hasard. En frappant dimanche, soit la veille de l’ouverture officielle de l’Assemblée générale de l’ONU, la France veut signifier au monde qu’elle ne compte pas jouer les seconds rôles dans la gestion du conflit syrien.

Pourquoi cible-t-elle la région de Deir Ezzor ? 

Parce que ce territoire a été identifié comme étant un fief du djihadisme français, d’après des « informations fournies par la coalition » mais également d’après les vols de reconnaissance menés depuis le 8 septembre par les chasseurs Rafale. Leur objectif était d’identifier des « centres d’entraînement et de commandement » de l’organisation Etat islamique (EI) et le site visé dimanche était, assure la France, l’un d’entre eux. D’après François Hollande, ce centre « menaçait la sécurité de notre pays ». « Six avions, dont cinq Rafale, ont été utilisés » pour cette frappe, qui a « atteint ses objectifs sans conséquences sur la population civile », a assuré le chef de l’Etat. Il n’a pas exclu d’autres frappes dans les prochaines semaines.

Quelles sont les réactions politiques à ces frappes ?

Le Parti de gauche y est opposé, estimant que « de nouvelles frappes n’entraîneront que plus de morts parmi les civils et aucune solution concrète ». Il s’insurge également contre le fait que la France soit intervenue « sans vote du parlement et sans mandat de l’ONU ». Le Parti socialiste, les Républicains et le Front national sont en revanche favorables à ces frappes même si Marine Le Pen souligne le « temps perdu » : « Dès le début, le Front national a réclamé qu’en accord avec le gouvernement syrien, on puisse intervenir en Syrie, car c’est en Syrie que Daesh développait son organisation logistique. On a perdu des années très précieuses ». Les Républicains ont pointé du doigt la nécessité, à terme, d’intervenir au sol, ajoutant toutefois que ce combat ne doit pas être mené par la France, mais par les pays de la région.

Que va-t-il se passer à présent ?

Si la coalition internationale frappe Daesh en Syrie et en Irak depuis un an, ces opérations n’empêchent pas l’EI de consolider ses positions. Et son pouvoir d’attraction est intact : près de 30.000 djihadistes étrangers se sont rendus en Syrie et en Irak depuis 2011. Autrement dit, l’impasse est totale. Ce qui permet à Vladimir Poutine de reprendre la main. Marginalisé depuis la guerre en Ukraine, le président russe revient sur la scène diplomatique en défendant le maintien au pouvoir de Bachar al-Assad, seul moyen d’après lui de mettre un terme à une guerre qui a déjà fait plus de 240.000 morts et conduit à l’exode et au déplacement de 12 millions de personnes. La Maison Blanche, en quête d’une solution, se montre à l’écoute : Barack Obama et Vladimir Poutine se retrouvent ce lundi en fin d’après-midi en tête-à-tête à New York pour aborder le dossier syrien. Quant au président François Hollande, il affirme que Paris « discute avec tous et n’écarte personne », mais répète que « l’avenir de la Syrie ne peut pas passer par le président syrien Bachar al-Assad ».