Syrie: Un journaliste britannique capturé fait des reportages de propagande pour Daesh

MONDE Enlevé en même temps que l’Américain James Foley, décapité depuis, John Cantlie en est à sa huitième vidéo pour Daesh…  

M.P.

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John Cantlie, photojournaliste britannique capturé par Daesh, qui en fait sa propagande.
John Cantlie, photojournaliste britannique capturé par Daesh, qui en fait sa propagande. — Capture d'écran

«Embedded with Daesh»… L’organisation terroriste a diffusé lundi soir une nouvelle vidéo de l’otage britannique John Cantlie, qui propose un reportage de propagande dans la ville d’Alep Syrie). Dans ce document de 12 minutes, soigné comme toujours lorsqu’il s’agit de l’organisation Etat islamique, le journaliste de 43 ans ne cesse de louer l'action des terroristes. Tout en précisant que cette vidéo, la huitième du genre, est «le dernier film de cette série», débutée à l'automne, intitulée «Prêtez moi vos oreilles».

Habillé en civil, micro à la main, tel un Bernard de la Villardière sur le terrain, il arpente la ville, montrant la verte campagne autour de la deuxième ville de Syrie, les champs cultivés, les énormes silos pleins, qui permettent d’avoir de la nourriture à «prix bas», et les étals de marchés garnis. 

Des combattants pêchent et boivent le thé

Il filme aussi le site d’un marché qui a, affirme-t-il, été bombardé par les Américains alors que les «moudjahidines», eux, reconstruisent les bâtiments anciens détruits par la guerre. Ces mêmes «moudjahidines» qui, dans leurs écoles, prônent «une éducation progressiste», avec apprentissage du Coran et des langues étrangères, vante-t-il.

D’ailleurs, Alep «malgré toutes les destructions, reste un lieu de sérénité». On y voit d’ailleurs des combattants se prélasser sur les bords d’un lac et d’autres encore prendre le thé, tranquillement. Se rendant dans un tribunal islamique, John Cantlie vante les «lois simples», vieilles de «1.500 ans», les «lois d’Allah qui ne peuvent être changées» toutes les semaines à la différence des lois dans les démocraties: «si vous êtes condamné pour vol, avec un nombre correct de témoins, votre main est coupée. Ça paraît dur mais vous n'allez pas commettre le même crime à nouveau.»  Les habitants veulent retrouver une «vie normale», ce qui devient «possible depuis que Daesh a pris le contrôle», explique-t-il avant de donner la parole à un combattant francophone qui appelle à de nouvelles actions en France.

Il croit les «deux-tiers» de ce qu'il dit

Impossible de savoir dans quelle mesure le photojournaliste agit sous la contrainte pour rester en vie et quel sera son sort alors qu’il a annoncé que cette vidéo était la dernière de la série.

John Cantlie a été enlevé une première fois en Syrie en juillet 2012 par des membres de l’Armée syrienne libre avant d’être libéré au bout d’une semaine. Mais cet événement ne le dissuade pas de retourner sur le terrain, bien au contraire. En novembre, il retourne en Syrie avec James Foley et les deux hommes se font capturer par Daesh. Tandis que James Foley est exécuté en août dernier, le nom de John Cantlie reste caché jusqu'à l'automne dernier, pour, selon le Foreign Office, privilégier les négociations.

Mais depuis, il est apparu dans huit vidéos de propagande. Dans les premières, on voit le photojournaliste apparaître en combinaison orange, amaigri, le crâne rasé, les traits tirés, critiquant son gouvernement et les Etats-Unis. Dans les dernières, il apparaît libre, habillé civilement, l’air plus en forme, dans les rues de Mossoul ou de Kobané.

Rita Katz, la responsable de SITE, le site américain de veille et d'analyse de l'action des terroristes, a estimé sur Twitter, que ce n'était peut-être pas la dernière vidéo de John Cantlie, car il est devenu une «célébrité» dans l’organisation Etat islamique, qui a ses «fans». En octobre dernier, la sœur de John Cantlie estimait qu'il croyait les «deux-tiers» de ce qu'il disait. Mais à cette époque, John Cantlie apparaissait toujours comme un prisonnier et critiquait surtout son gouvernement et la coalition qui s'en est prise à Daesh, un conflit, disait-il, qui ne pouvait pas être gagné.

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