Russie : L’ONU vote pour surveiller la répression du régime de Vladimir Poutine

Dérives dangereuses C’est la première fois que Moscou était visé par un texte concernant la situation des droits humains à l’intérieur du pays

20 Minutes avec AFP
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La police anti-émeute retient un manifestant lors d'une manifestation contre la mobilisation à Moscou, en Russie, mercredi 21 septembre 2022.
La police anti-émeute retient un manifestant lors d'une manifestation contre la mobilisation à Moscou, en Russie, mercredi 21 septembre 2022. — /AP/SIPA

C’est une première pour l’ONU. Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a établi vendredi un mandat de Rapporteur spécial chargé de surveiller la répression des opposants en Russie. Les 47 Etats membres du Conseil ont adopté une résolution en ce sens - proposée par une grande partie des pays membres de l’Union européenne - avec 17 voix favorables. Vingt-quatre pays se sont abstenus et six ont voté contre, dont la Chine mais aussi Cuba et le Venezuela. C’est la première fois que Moscou était visé par un texte concernant la situation des droits humains à l’intérieur du pays.

Avant le vote, l’ambassadeur russe auprès de l’ONU à Genève Guennadi Gatilov, l’ancien vice-ministre russe des Affaires étrangères, a critiqué le texte et accusé « les pays occidentaux d’utiliser le Conseil à des fins politiques ». Moscou, qui a quitté le Conseil au moment où l’Assemblée générale de l’ONU votait son expulsion il y a quelques mois pour cause d’invasion de l’Ukraine, dispose toutefois du statut d’observateur et, à ce titre, peut s’exprimer au Conseil.

Détérioration

La résolution, adoptée le jour du 70e anniversaire du président russe Vladimir Poutine, décide de nommer un Rapporteur spécial chargé de surveiller « la situation des droits de l’homme » pour une période d’un an. Il devra « recueillir, examiner et évaluer les informations pertinentes provenant de toutes les parties prenantes, y compris la société civile russe, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays ».



« Depuis des années, nous assistons à une détérioration continue de la situation des droits humains en Fédération de Russie, qui s’est accélérée au cours des derniers mois », a déclaré l’ambassadeur du Luxembourg Marc Bichler, en présentant le texte au Conseil. « Les récentes lois draconiennes visant à étouffer les médias indépendants et les organisations "indésirables", les sanctions sévères pour quiconque remet en question le gouvernement, ou encore le grand nombre de personnes arrêtées dans le cadre de manifestations, constituent quelques exemples récents d’une politique de répression systématique », a-t-il dit.

Dérives dangereuses

L’adoption de la résolution intervient peu après que le Nobel de la paix a récompensé vendredi le militant biélorusse emprisonné Ales Bialiatski, l’ONG russe Memorial - bannie en Russie - et le Centre ukrainien pour les libertés civiles, un prix hautement symbolique en pleine guerre en Ukraine. « Qui peut sérieusement douter du fait que la situation des droits humains en Russie connaît actuellement une détérioration grave ? » a lancé l’ambassadeur français, Jérôme Bonnafont, devant le Conseil. « L’attribution ce matin même du prix Nobel de la Paix à deux ONG russe et ukrainienne et à un militant biélorusse marque bien l’attention croissante et l’inquiétude sur une dérive dangereuse », a-t-il ajouté.

Le Conseil a déjà lancé en mai une enquête de haut niveau sur les violations commises par les troupes russes en Ukraine. Et des pressions croissantes, notamment d’ONG, s’exerçaient pour que l’organe s’intéresse également aux violations des droits humains en Russie.