Russie : Deux sœurs, battues « pratiquement tous les jours », jugées pour le meurtre de leur père

PROCES Cette affaire est devenue un symbole des violences domestiques en Russie, ces sœurs ayant subi de multiples violences pendant des années

20 Minutes avec AFP

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Angelina Khachaturyan, l'une des trois sœurs parricides bientôt jugée en Russie.
Angelina Khachaturyan, l'une des trois sœurs parricides bientôt jugée en Russie. — Yuri KADOBNOV / AFP

En Russie, deux sœurs vont être jugées pour le meurtre de leur père, après des années de sévices. Les conclusions des enquêteurs, rendues ce mardi, leur reconnaissant néanmoins des circonstances atténuantes. L’affaire des trois sœurs, a secoué la Russie l’an passé, sur fond de violences domestiques, un fléau souvent impuni dans le pays. Krestina, Angelina et Maria Khatchatourian ont tué de multiples coups de couteau et de marteau leur père Mikhaïl à Moscou en juillet 2018. Elles étaient alors âgées respectivement de 19, 18 et 17 ans.

« Il a été établi que le mobile du crime des accusées étaient des griefs personnels dus aux douleurs physiques et psychiques infligées par le père à ses filles pendant longtemps, ce que l’enquête considère comme des circonstances atténuantes », écrit le Comité d’enquête de Russie, en charge des investigations jugées les plus importantes.

Battues «pratiquement tous les jours»

Le Comité a demandé que deux des trois sœurs, Krestina et Angelina, soient jugées pour « meurtre commis en groupe avec préméditation », crime passible de vingt ans de prison. L’avocate d’Angelina Khatchatourian, Mari Davtian, a dénoncé cette décision, estimant « qu’il y a plus qu’assez de preuves établissant qu’elles ont agi en situation de légitime défense ». Concernant la benjamine, Maria, mineure au moment des faits, le Comité a demandé au parquet d’ordonner « une obligation de soins médicaux ». Il n’a pas précisé la nature de ces mesures.

Les sœurs Khatchatourian ont été battues «pratiquement tous les jours» par leur père, qui les agressait sexuellement de manière régulière et sur lesquelles il lui arrivait de tirer avec un pistolet à air comprimé, a expliqué à l’AFP leur avocat, Alexeï Liptser. Après une tentative de suicide en 2016 de Krestina, l’aînée, et un incident au cours duquel leur père avait utilisé contre elles du gaz lacrymogène, les trois sœurs se sont convaincues que «si elles n’agissaient pas, l’une d’elles allait mourir», selon leur avocat. Une fois leur père endormi, elles l’ont lardé de dizaines de coups de couteaux.

Les violences domestiques largement décriminalisées

Cette affaire avait fait d’autant plus de bruit en Russie que peu avant, en 2017, les violences domestiques, hors cas de récidive et de blessures graves, avaient été largement décriminalisées. Le cas des sœurs était emblématique de l’indifférence des autorités dans ce type d’affaires : des voisins et des proches avaient à plusieurs reprises alerté la police, sans résultat, des sévices infligés par le père à ses filles. Depuis, les milieux associatifs et certains élus se battent pour que la Russie se dote d’une législation ayant trait spécifiquement aux violences dans l’intimité familiale.

Une proposition de loi a été rendue publique la semaine passée, mais son adoption reste hypothétique. D’autant que d’influents dignitaires de l’Eglise orthodoxe se sont prononcés contre, et 200 organisations, religieuses notamment, ont adressé une pétition au président Vladimir Poutine pour qu’il bloque de telles mesures.