Russie : Des mères de détenus envoient une « lettre de désespoir » à Poutine

SOS De nombreux jeunes ont été arrêtés à la suite de manifestations contre le gouvernement l’été dernier

20 Minutes avec AFP

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Des mères de prisonniers russes à Moscou, le 19 novembre 2019.
Des mères de prisonniers russes à Moscou, le 19 novembre 2019. — Alexander NEMENOV / AFP

Des proches de détenus russes ont dénoncé ce mardi, dans une lettre « de désespoir » à Vladimir Poutine, les poursuites judiciaires fabriquées ou politiques visant selon eux de plus en plus de personnes.

Les familles de plusieurs dizaines de prisonniers se sont réunies en octobre au sein d’un mouvement informel baptisé « Les mères contre les répressions politiques », qui dénonce notamment les poursuites visant des dizaines de manifestants antigouvernementaux après le mouvement de protestation de l’été dernier. Elles ont été rejointes par les proches de jeunes accusés d’extrémisme et de terrorisme dans une affaire opaque qui selon les prévenus a été montée de toutes pièces par les services spéciaux (FSB).

Une justice « arbitraire »

Mardi, 16 membres du mouvement ont publié une lettre ouverte appelant Vladimir Poutine à ouvrir des enquêtes sur les agissements de la justice, la police et du FSB autour de ces affaires. « L’arbitraire de la justice pratiqué sous les yeux de tout le pays sape la confiance des citoyens dans le système judiciaire et l’Etat. (…). Cela, à notre avis, affecte négativement la stabilité et la prospérité de notre pays », soulignent les signataires de cette lettre.

Une dizaine de membres de ce mouvement se sont réunis ce mardi devant l’administration présidentielle russe, dans le centre de Moscou, pour remettre cette lettre aux autorités. C’est « une lettre de désespoir », a déclaré à l’AFP Alexandra Krylenkova, qui fait partie du mouvement. « Tant de ces affaires judiciaires ont abouti à des condamnations monstrueuses », a-t-elle ajouté.

Un « dernier espoir »

Galina Martintsova, dont le fils de 26 ans risque jusqu’à cinq ans de prison pour des violences supposées contre des policiers, estime elle que cette missive est son « dernier espoir ». Les mères de plusieurs autres détenus souhaitent rejoindre le mouvement selon Ioulia Pavlikova, dont la fille Anna, 19 ans, est accusée d’extrémisme. « Et quand nous serons nombreux, (les autorités) devront nous écouter », a-t-elle assuré à l’AFP.

Pour sa part, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué à la presse que la surveillance des enquêtes ne faisait pas partie des fonctions du président. « Je n’exclus pas que cette lettre puisse être transférée vers le Parquet général chargé de remplir cette fonction », a-t-il ajouté.

Des condamnations qui se multiplient

Le mouvement des « Mères contre les répressions politiques » fait écho au Comité des Mères de soldats, qui s’est fait connaître à l’époque de la première guerre en Tchétchénie (1994-1996), et au groupe des Mères de Beslan créé après une prise d’otages dans une école ayant fait plus de 330 morts en 2004, deux organisations ayant eu un fort impact en Russie.

Les accusations de participation à une « organisation extrémiste » visant les jeunes se sont récemment multipliées en Russie. Ce concept fourre-tout permet aux autorités de lutter à la fois contre des mouvements d’opposition, des groupes racistes ou religieux. La justice russe a également condamné plusieurs manifestants à des peines allant de deux à quatre ans de prison pour « violence » contre la police en marge de manifestations non autorisées réclamant des élections libres l’été dernier.