Russie: Une nouvelle manifestation de l'opposition réprimée à Moscou

MOBILISATION Au moins 311 personnes, dont six journalistes, ont été interpellées par la police lors de cette manifestation non autorisée

B.D. avec AFP

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Les forces de police russes arrêtent un manifestant lors d'une manifestation non autorisée de l'opposition pour des élections municipales démocratiques en septembre, à Moscou, le 3 août 2019.
Les forces de police russes arrêtent un manifestant lors d'une manifestation non autorisée de l'opposition pour des élections municipales démocratiques en septembre, à Moscou, le 3 août 2019. — Alexander NEMENOV / AFP

Les autorités russes ont fait monter d’un cran la pression sur l’opposition, en réprimant ce samedi une nouvelle manifestation pour des élections libres à Moscou, et en lançant une enquête pour « blanchiment » contre l’organisation du principal opposant au Kremlin.

Selon l’ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des arrestations, et la police, 828 personnes ont été interpellées par la police lors de cette manifestation non autorisée, qui réclamait l’ouverture des élections locales du 8 septembre aux candidats de l’opposition.

Du jamais vu depuis 2012

Ces arrestations font suite à une autre action de protestation réprimée le week-end dernier, qui s’est soldée par près de 1.400 arrestations. Du jamais vu depuis le retour en 2012 au Kremlin du président Vladimir Poutine, qui ne commente qu’à de très rares occasions les actions de l’opposition.

Les autorités semblent cette fois déterminées à tuer dans l’œuf le mouvement de contestation, l’un des plus importants de ces dernières années. L’opposition a pourtant relativement peu mobilisé ce samedi, réunissant environ un millier de personnes dans le centre de Moscou sous une pluie fine et sous la surveillance d’un important dispositif de policiers et de soldats de la garde nationale.

Manifestation sans leader, tous arrêtés

La manifestation se déroule sans leader puisque la quasi-totalité des meneurs de la contestation ont été emprisonnés depuis les protestations du week-end dernier. Dernière opposante d’envergure encore en liberté, Lioubov Sobol, une avocate de 31 ans, a été interpellée quelques minutes avant le début de la manifestation.

« Les autorités font tout ce qu’elles peuvent pour essayer d’intimider l’opposition, pour s’assurer que les gens ne sortent pas dans la rue pour protester pacifiquement », a-t-elle déclaré avant son arrestation. En grève de la faim depuis trois semaines, elle a jusqu’ici échappé à la prison du fait qu’elle a un enfant en bas âge.

« Je suis ici car je veux qu’il y ait de grands changements. Actuellement, ce que nous avons, c’est une atmosphère de contrôle total », a déclaré l’une des manifestantes, Varvara, 22 ans.

L’organisation de Navalny visée

Resserrant l’étau autour du principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, la justice russe a annoncé ce samedi l’ouverture d’une enquête pour « blanchiment » contre son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption, à l’origine de nombreuses enquêtes sur le train de vie et les combines des élites.

Dans sa dernière enquête diffusée jeudi, Alexeï Navalny a accusé l’adjointe du maire de Moscou Natalia Sergounina d’avoir détourné des milliards de roubles d’argent public dans la gestion du parc immobilier de la mairie.

Absent des dernières manifestations, Alexeï Navalny purge actuellement une peine de 30 jours de prison. Hospitalisé le week-end dernier pour une « grave réaction allergique » avant d’être renvoyé en cellule, il a saisi la justice pour un possible « empoisonnement ».

Enquête pour « troubles massifs »

La plupart de ses alliés et des autres meneurs de la contestation ont eux aussi écopé de courtes peines de détention, comme plusieurs candidats de l’opposition refoulés des élections locales de septembre tels qu’Ilia Iachine, Ivan Jdanov et Dmitri Goudkov.

La justice a également inculpé plusieurs personnes dans le cadre d’une enquête pour « troubles massifs », une accusation lourde qui fait planer la menace de peines allant jusqu’à 15 ans de prison. Cinq d’entre elles, dont des avocats travaillant pour des ONG de défense des droits civiques, ont été placés en détention provisoire vendredi dans l’attente de leurs procès.

Elections de septembre

La contestation a démarré après le rejet des candidatures indépendantes aux élections locales du 8 septembre, qui s’annoncent difficiles pour les candidats soutenant le pouvoir dans un contexte de grogne sociale.

Privée de participation à des scrutins plus importants comme la présidentielle, l’opposition s’était fortement mobilisée pour ces élections à Moscou, espérant ainsi avoir son mot à dire dans la gestion de la tentaculaire capitale russe. Si toutes les principales figures de l’opposition libérale ont été refoulées, 233 candidats, dont 62 indépendants, sont en lice pour 45 sièges de députés locaux.

Corruption et détournement dans la gestion de Moscou

Selon l’opposition, la détermination des autorités à barrer l’entrée de ses candidats au Parlement de Moscou s’explique par le fait qu’ils pourraient découvrir et dénoncer en cas de victoire les nombreux circuits de corruption et de détournement dans la gestion d’une ville au budget annuel faramineux de 38 milliards d’euros.

Après une première manifestation durement réprimée le week-end dernier, les tribunaux russes ont placé 88 personnes en détention provisoire et condamné 332 autres à des amendes. Trois enquêtes pour « violences » à l’encontre de la police ont été lancées, un délit passible de cinq ans de prison.