VIDEO. Piratages, empoisonnement, guerres… Le GRU, le service de renseignement de l’armée russe, est omniprésent

RENSEIGNEMENT Piratages informatiques aux Etats-Unis, implication dans le conflit en Ukraine ou empoisonnement de l'ex-espion Sergueï Skripal: les accusations pleuvent contre le service de renseignement de l'armée russe, réputé efficace et très secret...

20 Minutes avec AFP

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La siège du service de renseignement russe GRU à Moscou.
La siège du service de renseignement russe GRU à Moscou. — Natalia KOLESNIKOVA / AFP

Piratages informatiques aux Etats-Unis, implication dans le conflit en Ukraine ou empoisonnement de l’ex-espion Sergueï Skripal : les accusations pleuvent depuis quelques années contre le GRU, le service de renseignement de l’armée russe, réputé efficace et très secret.

Puissante agence militaire

Créée par les bolchéviques en 1918 et considérée comme une structure rivale du KGB pendant l’époque soviétique, la Direction générale des renseignements de l’état-major des forces armées (GRU, renommé officiellement GU en 2010) a la réputation d’être la plus puissante et la plus audacieuse agence d’espionnage russe, tout en étant peu connue du grand public.

Dirigé depuis 2016 par Igor Korobov, qui figure sur la liste des personnes sanctionnées par l’administration américaine, le GRU dispose d’un vaste réseau d’agents à l’étranger mais aussi d’unités militaires d’élite, les « Spetznaz ». « Le GRU a toujours été une organisation puissante mais elle est apparue sur le devant de la scène à la faveur de la réforme du KGB» après la chute de l’Union soviétique, explique l’expert militaire Pavel Felguengauer.

Empoisonnement

La Première ministre britannique Theresa May a mis en cause mercredi le GRU dans l'empoisonnement au Novitchok, un puissant agent innervant, de l’ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia le 4 mars en Angleterre. Des mandats d’arrêts ont été émis contre deux agents présumés de l’organisation.

Sergueï Skripal était lui-même un ancien colonel du GRU, arrêté et condamné en 2006 à Moscou pour « haute trahison » au profit de Londres, avant d’être échangé en 2010 contre des espions russes arrêtés en Occident. Vladimir Poutine a assuré en 2010 que les services secrets russes ne « s’occupaient pas » d’éliminer les traîtres, ajoutant que « les traîtres mourront d’eux-même ».

Mais le GRU a déjà été impliqué dans des opérations réalisées à l’étranger. En 2004, deux de ses agents présumés avaient été condamnés au Qatar pour avoir organisé l’assassinat d’un responsable indépendantiste tchétchène. Ils avaient ensuite été discrètement renvoyés à Moscou.

Piratage et ingérence

Aux Etats-Unis, le GRU a été accusé d’être à l’origine du piratage des ordinateurs du parti démocrate américain, prélude au scandale de l'ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine de 2016. Dans cette affaire, 12 Russes présentés comme des agents du GRU ont été inculpés en juillet.

Les douze agents sont accusés de s’être introduits dans les ordinateurs de volontaires et de responsables démocrates pour y voler des documents internes, qui ont ensuite été rendus publics sur internet lors d’une opération complexe destinée à brouiller les pistes.

Le GRU est aussi accusé d’être derrière le groupe de pirates informatiques APT28, plus connu sous le nom de «Fancy Bears». Lui sont attribuées des attaques visant notamment la chaîne de télévision française TV5 Monde, des institutions allemandes, l e site du président français Emmanuel Macron ou encore l’Agence mondiale antidopage.

De toutes les guerres

La présence de « conseillers » du GRU a été rapportée par de nombreux observateurs, non seulement en soutien aux forces du président Bachar al-Assad en Syrie mais aussi aux côtés des séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine. Moscou a toujours nié toute implication dans ce conflit.

Le GRU aurait également joué un rôle crucial dans l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie en mars 2014, à la suite d’une intervention des forces spéciales et d’un référendum, non reconnu par Kiev et les Occidentaux. Les agents et troupes du GRU avaient précédemment été activement utilisés lors des deux guerres de Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2009), lors du conflit en Géorgie (août 2008) ainsi que pour la désastreuse guerre soviétique en Afghanistan (1979-1989).

L’opaque et puissante société militaire privée Wagner, qui s’est notamment illustrée en Syrie et a fait récemment parler d’elle en Centrafrique, a été créée par un ancien officier du GRU, Dmitri Outkine, qui a été décoré par Vladimir Poutine.