Fausse mort de Babtchenko: Le journaliste se justifie face aux critiques

MISE EN SCENE Le procédé a été justifié comme nécessaire pour déjouer une tentative d’assassinat réelle organisée, selon Kiev, par les services secrets russes...

20 Minutes avec AFP
— 
Le journaliste russe, Arkady Babtchenko, a simulé sa mort en collaboration avec les Services de sécurité ukrainiens.
Le journaliste russe, Arkady Babtchenko, a simulé sa mort en collaboration avec les Services de sécurité ukrainiens. — Efrem Lukatsky/AP/SIPA

« Mon but était de rester en vie ». Le journaliste russe Arkadi Babtchenko est monté au créneau ce jeudi pour justifier l’incroyable mise-en-scène de son faux assassinat, qui a suscité une levée de boucliers.

La réapparition lors d’une conférence de presse mercredi de ce reporter, donné la veille abattu de trois balles dans le dos à Kiev, a suscité de nombreuses interrogations.

Un coup de théâtre et beaucoup de questions

Le procédé a été justifié comme nécessaire pour déjouer une tentative d’assassinat réelle organisée, selon Kiev, par les services secrets russes, visant Arkadi Babtchenko mais aussi une trentaine d’autres personnes.

« Mon but était de rester en vie et d’assurer la sécurité de ma famille. C’est la première chose à laquelle je pensais. Les standards journalistiques, c’est la dernière chose à laquelle je pensais à ce moment », a expliqué le journaliste et écrivain de 41 ans devant la presse.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, attendu ce jeudi soir à Kiev, a affirmé que ce coup de théâtre « posait beaucoup de questions », appelant à « faire la lumière » sur « un événement qui est pour beaucoup de gens incompréhensible dans le cadre de l’Etat de droit ».

L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a condamné une simulation « navrante » et « une nouvelle étape dans la guerre de l’information » entre Kiev et Moscou. « Rien ne justifie de mettre en scène la mort d’un journaliste », a critiqué son secrétaire général, Christophe Deloire.

Les autorités ukrainiennes ont « brisé un tabou »

La Fédération internationale des journalistes (IFJ), a qualifié l’affaire d'« intolérable et inacceptable », tandis que le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a dénoncé des mesures « extrêmes » à même de « miner la confiance du public » dans les médias.

Cette affaire « va amoindrir encore davantage les niveaux déjà microscopiquement bas de confiance qu’ont les Ukrainiens dans leur gouvernement et leurs médias », estime pour sa part l’historienne Anne Applebaum dans le Washington Post, jugeant que les autorités ukrainiennes ont « brisé un tabou ».

« Au moment où l’Ukraine veut se positionner comme un membre responsable de la communauté européenne et supplie ses donateurs internationaux de l’aider à contrer les fausses informations, pourquoi contribue-t-elle à en créer ? », s’interroge pour sa part l’expert Michael Bociurkiw sur CNN.

« Histoire étrange »

Dès mercredi soir, Moscou avait dénoncé une « provocation antirusse ». « Cette histoire est, et c’est le moins qu’on puisse dire, étrange. Je ne suis pas sûr qu’ici la fin justifie les moyens », a renchéri jeudi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Arkadi Babtchenko, qui a préparé pendant des semaines la mise en scène avec les services ukrainiens, a assuré jeudi « croire » en la version des services secrets ukrainiens.

Le chef des Services de sécurité ukrainiens (SBU), Vassyl Grytsak, a affirmé qu’un Ukrainien recruté par les « services de sécurité russes » et présenté comme l'« organisateur » avait été arrêté. Les autorités n’ont toutefois fourni aucune information sur son identité.

>> A lire aussi : VIDEO. Qui est Arkadi Babtchenko, le journaliste russe qui a simulé sa mort?

>> A lire aussi : VIDEO. Fausse mort de Babtchenko: «Cette opération pose un problème de crédibilité des services ukrainiens»