VIDEO. Oui, en Tchétchénie, il existe bel et bien des prisons secrètes pour homosexuels

REPRESSION Trois d'entre eux seraient morts à la suite des mauvais traitements reçus dans ces établissements...

Lucie Bras

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Le leader tchétchène Ramzan Kadyrov, le 20 février 2016.
Le leader tchétchène Ramzan Kadyrov, le 20 février 2016. — Musa Sadulayev/AP/SIPA

Un journal russe a révélél’existence de prisons secrètes pour homosexuels en Tchétchénie. Les ONG tirent la sonnette d’alarme face à cette chasse aux homosexuels qui sévit dans le pays.

En Tchétchénie, il existe des établissements pour enfermer les homosexuels, des prisons du régime que certains qualifient même de « camps de concentration ». C’est le résultat d’une enquête du journal russe indépendant Novaya Gazeta. L’un de ces bâtiments se situe à Argoun, en banlieue de la capitale Grozny, dans une ancienne caserne militaire. A l’intérieur, des hommes soupçonnés d’homosexualité, regroupés dans des conditions déplorables. « Il y a entre 30 et 40 prisonniers par cellule, rackettés pour payer leur nourriture et électrocutés pour obtenir les noms d’autres homosexuels », explique Arnaud Gauthier Fawas, porte-parole aux questions internationales pour l’ Inter-LGBT.

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« Camps de concentration »

« On les force à se déshabiller. Ils sont violés avec des bouteilles et des bâtons jusqu’à ce qu’ils admettent qu’ils sont homosexuels », détaille Boris Dittrich, membre de Human Rights Watch (HRW). Les ONG disent détenir la preuve que trois hommes sont morts sous ces traitements. Les autres sont relâchés après avoir été forcés à avouer leur homosexualité face à leur famille. « Quand on connaît la popularité des crimes d’honneur en Tchétchénie, c’est comme un appel à les tuer », rappelle-t-il. Les témoignages viennent d’hommes ayant fui le pays. Pour les autres, trop pauvres pour s’en aller, c’est la loi du silence. « En Tchétchénie, les langues ne se délient pas par peur de la répression », assure Arnaud Gauthier Fawas. Parmi les prisonniers, on trouve des membres du clergé musulman et des personnalités de la télévision nationale, au milieu de la foule d’anonymes.

Beaucoup d’articles et de tweets qualifient ces prisons de « camps de concentration » pour homosexuels en Tchétchénie. Mais selon Boris Dittrich, membre de (HRW), l’appellation est erronée. « Historiquement, quand on parle de camp de concentration, cela évoque les camps de la Seconde guerre mondiale et l’extermination des juifs », rappelle-t-il. L’existence de ces prisons non officielles pour homosexuels n’en reste pas moins grave.

Le crime vient même du plus haut niveau de l’Etat, d’après l’enquête. Elle montre que les exactions sont commises par la police et l’armée, non par des milices. En cause, une campagne de militants LGBT pour obtenir le droit d’organiser des gay pride (« marche des fiertés ») dans les grandes villes de la Fédération de Russie. Partout, ce droit leur a été refusé, mais en Tchétchénie, cette initiative s’est soldée par une campagne de très forte répression.

Dans cette petite république qui n’a pas 25 ans, la population respecte la loi islamique instaurée par le Président de la République Ramzan Kadyrov, installé par Vladimir Poutine. Très conservateur, cet ami de Gérard Depardieu est en poste depuis dix ans, et mène une politique autoritaire.

L’homosexualité n’existe pas

« Le fait que les homosexuels soient visés comme groupe, c’est nouveau en Tchétchénie. Mais le système, lui, n’est pas nouveau du tout. Il y a eu des campagnes contre les voyants ou les consommateurs de drogues », explique Boris Dittrich. Le gouvernement a réagi depuis la publication de l’enquête : le porte-parole de la présidence l’a qualifiée de « mensonge absolu et désinformation » auprès de l’agence de presse Interfax, proche du pouvoir. Plus cynique, selon le gouvernement, cette série d’arrestations n’est pas possible car l’homosexualité n’existe pas en Tchétchénie.

Human Rights Watch appelle Vladimir Poutine à stopper cette campagne de répression tchétchène et incite les pays européens à aider ces hommes en leur accordant le statut de réfugié. A Paris, une manifestation devrait être organisée rapidement devant l’ambassade de Russie.