VIDEO. Manifestations en Russie: Avocat, tribun charismatique... Qui est Alexeï Navalny, l'opposant à Poutine arrêté par la police?

MONDE L’opposant russe Alexeï Navalny a été condamné ce lundi à quinze jours de détention au lendemain des vastes manifestations contre la corruption des élites à Moscou, au cours desquelles plus d’un millier de personnes ont été arrêtées…

A.B.

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Alexeï Navalny, opposant du pouvoir russe en place, a été arrêté dès le début de la manifestation.
Alexeï Navalny, opposant du pouvoir russe en place, a été arrêté dès le début de la manifestation. — ANTON BELITSKIY AFP

Pourfendeur de la corruption des élites russes, orateur charismatique aux idées parfois nationalistes, Alexeï Navalny comparaissait ce lundi devant la justice russe pour appel à rassemblement donnant lieu à des troubles à l’ordre public. Il avait été arrêté une nouvelle fois dimanche à Moscou avec plus d’un millier de personnes lors d’une manifestation d’une rare ampleur qu’il avait organisée. Habitué des tribunaux, l’opposant, déjà condamné début février à cinq ans de prison avec sursis pour détournement de fonds, a écopé lundi de quinze jours de détention.

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Depuis plusieurs années, l’avocat s’est imposé comme le principal opposant libéral à Vladimir Poutine, qu’il compte bien défier lors de la présidentielle de 2018. Portrait.

« Viendra le moment où ce sera nous qui les jugerons »

L’opposant numéro un au Kremlin, les traits tirés, a été conduit au tribunal Tverskoï dans le centre de Moscou, en présence des journalistes et d’une vingtaine de ses partisans. « Viendra le moment où ce sera nous qui les jugerons (honnêtement cette fois-ci) », a écrit l’opposant ce lundi matin sur Twitter, en référence aux autorités russes.

« La cour a rejeté dix de nos propositions, même le fait de citer des témoins à comparaître. Classique de la justice russe », s’est désespéré l’opposant en fin de matinée sur le réseau social.

Finalement, l’opposant a été condamné lundi à quinze jours de détention pour refus d’obtempérer lors de son arrestation et 20 000 roubles (environ 325 euros) d’amende pour avoir organisé la manifestation non autorisée.

Leader de l’opposition anticorruption

Alexeï Navalny est à l’origine de la mobilisation contre la corruption des élites qui a réuni dimanche des dizaines de milliers de personnes dans le pays. Ce mouvement de contestation a été marqué par deux faits nouveaux : les manifestations étaient nombreuses dans des villes de province d’habitude plutôt calmes, et l’âge moyen des participants a considérablement rajeuni, les opposants « historiques » au Kremlin étant rejoints par des lycéens nés au début du siècle et qui n’ont connu que Vladimir Poutine comme président.

Arrêté dimanche dès le début du rassemblement à Moscou, Alexeï Navalny a passé la nuit en détention. Et dans une Russie sans opposants, il fait figure de dernier des Mohicans. L’avocat, qui a fait du combat anticorruption son cheval de bataille, est malgré tout déterminé à affronter le maître du Kremlin dans les urnes lors de la prochaine élection présidentielle, en mars 2018.

Une enquête sur la corruption visionnée 12,5 millions de fois

Avec son Fonds de lutte contre la corruption (FBK), créé en 2012, il vise précisément à appuyer sur ce point faible de la Russie de Poutine, et du parti au pouvoir, Russie unie, le « parti des voleurs et des escrocs » selon lui.

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Après avoir porté plainte contre le procureur général Iouri Tchaïka, puis contre Vladimir Poutine, il a publié sur son blog des révélations sur le patrimoine caché, souvent exorbitant, de proches du pouvoir, qu’il accuse de corruption, dont un rapport accusant le Premier ministre Dmitri Medvedev de se trouver à la tête d’un empire immobilier financé par les oligarques. Cette enquête, sous forme de film, vue plus de 12,5 millions de fois sur YouTube, n’a pourtant suscité aucune réaction des autorités.

Discours nationaliste

Dès 2007, l’avocat a ferraillé avec le gouvernement en achetant des actions dans des groupes semi-publics comme la compagnie pétrolière Rosneft et le géant gazier Gazprom : arguant de son statut d’actionnaire minoritaire, il exigeait la transparence des comptes.

Formé au début des années 1990 à l’université de l’Amitié des peuples, passé par le parti d’opposition libéral Iabloko, d’où il a été exclu en 2007 pour ses prises de position nationalistes, il n’a eu de cesse de contester la légitimité de Vladimir Poutine, qui cultive une image de défenseur intègre des intérêts de la Russie. Mais c’est seulement à la faveur des législatives de décembre 2011, qui ont déclenché une contestation sans précédent, qu’Alexeï Navalny a gagné en notoriété, grâce à son charisme, mais aussi à la virulence de ses prises de parole contre le Kremlin.

En septembre 2013, il obtient son premier succès électoral à l’élection municipale de Moscou. Il crée la surprise en arrivant en deuxième position avec 27,2 %, juste derrière le maire sortant, l’ex-chef de cabinet de Vladimir Poutine, Sergueï Sobianine, un score qui le conforte en figure de proue de l’opposition.

 

Alexeï Navalny a aussi souvent participé à des rassemblements aux relents racistes tels que la Marche russe. Il a néanmoins pris ses distances avec ce milieu ces dernières années et progressivement gommé les tonalités nationalistes de ses discours.

Un habitué des procès

Fin 2014, ce père de famille est condamné à trois ans et demi de prison avec sursis et son frère Oleg à la même peine, mais ferme, dans une affaire de détournement de près de 400 000 euros au détriment d’une filiale russe de la société française Yves Rocher. Alors qu’il est assigné à résidence, il lance un appel à manifester sous les murailles du Kremlin, qui « ne mérite pas d’exister et doit être détruit », suivi par des centaines de manifestants. Il est alors arrêté dans la rue devant les caméras, comme il l’a été à nouveau dimanche.

En février, il est condamné à cinq ans de prison avec sursis pour détournement de fonds dans une affaire (déjà jugée en 2013 et dont la décision, identique, avait été ensuite annulée) risquant d’entraver ses ambitions présidentielles pour 2018.

Régulièrement entarté ou couvert de désinfectant indélébile par des inconnus, Alexeï Navalny est souvent le sujet de reportages à charge diffusés aux heures de grande écoute sur des chaînes de télévision publiques. Mais pas de quoi entamer sa détermination. « Il y a des choses dans la vie pour lesquelles cela vaut la peine d’être arrêté », a-t-il déclaré dimanche sur Twitter, appelant ses partisans à continuer la lutte.