Piratage russe: Pourquoi Obama montre-t-il publiquement les muscles face à Poutine?

ETATS-UNIS Le président sortant a annoncé publiquement des sanctions contre la Russie, accusée d’avoir influencé l’élection américaine…

O. P.-V.

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Obama et Poutine, le 20 novembre 2016 à Lima, Pérou.
Obama et Poutine, le 20 novembre 2016 à Lima, Pérou. — Pablo Martinez Monsivais/AP/SIPA

Parfum de guerre froide. Russes et Américains s’échangent coup pour coup diplomatiquement, après l’annonce par Barack Obama de l’expulsion de 35 diplomates russes du territoire, sur fond d’accusations par Washington de cyber-attaques pilotées par le Kremlin durant la campagne présidentielle. Pourquoi le président américain sortant, qui laissera sa place à Donald Trump le 20 janvier 2017, affiche-t-il publiquement ces mesures diplomatiques ? 20 Minutes fait le point sur l’escalade de tensions.

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Un coup pour diviser le parti républicain

Outre le renvoi des diplomates russes du territoire américain, Barack Obama a promis d’autres sanctions, « y compris des opérations qui ne seront pas révélées au public ». Les véritables représailles, s’il y en a, resteront donc secrètes.

Celles annoncées servent à embêter le successeur d’Obama, en appuyant sur une ligne de fracture au sein des Républicains, estime l’historien spécialiste des Etats-Unis François Durpaire : « C’est une manœuvre très habile politiquement sur le plan intérieur car il met Donald Trump en porte-à-faux par rapport à son camp. Par exemple, Paul Ryan, le président républicain de la Chambre des représentants, a soutenu Obama. Les sénateurs John McCain et Lindsey Graham veulent même aller plus loin que lui sur les sanctions contre la Russie. » Le parti républicain, traditionnellement hostile à la Russie, ne voit donc pas la position très hétérodoxe de Trump d’un bon œil.

Une peau de banane destinée à Donald Trump

Ce dernier, s’il veut revenir sur les décisions prises ou à venir par l’administration Obama vis-à-vis de la Russie, devra convaincre le Congrès américain. Juridiquement, il peut le faire dès sa prise de fonction, car il s’agit de décisions exécutives. Mais « aux Etats-Unis, contrairement à la France, la politique étrangère se décide conjointement, ce n’est pas le président seul qui choisit. Le Congrès a toujours eu la prétention de codiriger la politique étrangère avec le président. Et Trump, déjà fâché avec les démocrates, prendrait le risque de froisser de nombreux républicains aussi », détaille François Durpaire. De quoi obliger le président élu à marcher sur des œufs au cours des premières semaines de son mandat, contrairement à ce qu’il avait espéré.

Une tentative pour rattraper les erreurs de ces deux mandats

Dernière raison qui explique l’attitude différente d’Obama dans les derniers jours de sa présidence, la volonté de laisser le moins de marge de manœuvre possible à Vladimir Poutine, commente l’historien : « C’est presque contre-nature, il a été le président d’une Amérique qui ne montrait pas ses muscles pendant huit ans. Là, Obama annonce haut et fort des sanctions très visibles contre la Russie alors que normalement, ce qui est de l’ordre de la guerre froide numérique reste secret. Il cherche à se rattraper dans les ultimes semaines car sa manière de faire pendant deux mandats a permis à Vladimir Poutine de revenir dans le jeu. » L’absence de veto américain sur la récente résolution de l’ONU vis-à-vis d’Israël est d’ailleurs un message similaire adressé à Benjamin Netanyahou. Et une façon pour Obama de soigner sa sortie.