Ambassadeur russe tué en Turquie : Quelles conséquences diplomatiques ?

DIPLOMATIE Poutine et Erdogan ont assuré vouloir poursuivre leur coopération…

T.L.G.

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L'ambassadeur russe en Turquie est décédé après avoir été blessé par balle, le 19 décembre 2016. Le tueur est policier.
L'ambassadeur russe en Turquie est décédé après avoir été blessé par balle, le 19 décembre 2016. Le tueur est policier. — Burhan Ozbilici/AP/SIPA

L’assassinat s’est déroulé sous l’œil des caméras. Mevlüt Mert Altintas, 22 ans, a tué lundi de plusieurs balles l’ ambassadeur russe à Ankara, affirmant vouloir venger la ville d’Alep, avant d’être abattu par les forces d’intervention spéciale.

Ce meurtre survient en plein réchauffement des relations entre la Turquie et la Russie, notamment sur le dossier syrien. La mort de l’ambassadeur peut-elle changer la donne ? 20 Minutes fait le point.

Quelles conséquences pour la Turquie ?

Détail gênant pour la Turquie : l’assaillant servait depuis deux ans et demi dans les forces anti-émeutes du pays. « Même si le gouvernement n’est pas impliqué, le fait qu’un individu diplômé de l’académie de police parvienne à s’infiltrer dans un institut public au cœur de la capitale pour assassiner une personnalité étrangère, théoriquement sous la sécurité de l’Etat, est gravissime pour le pouvoir turc », réagit Jean Marcou, professeur à Science Po Grenoble et spécialiste de la Turquie.

Le maire d’Ankara, Melih Gökçek, a estimé sur Twitter que l’assaillant pouvait être lié au réseau du prédicateur Fethullah Gülen, désigné par le gouvernement turc comme l’instigateur du putsch manqué en juillet dernier. Jean Marcou assure que cette attaque affaiblit Ankara en renforçant les doutes sur les récents recrutements dans son administration. « Le meurtre renvoie aux bouleversements que connaît le régime depuis plusieurs mois. La lutte intestine entre Erdogan et la confrérie Gülen a entraîné depuis fin 2013 des purges à répétition dans l’administration. Ce changement de personnel a cassé l’esprit de corps. L’assassinat révèle une certaine fragilité d’un Etat qui était au contraire réputé pour le professionnalisme et la fiabilité de ses fonctionnaires ».

Quelles conséquences pour les relations turco-russes ? 

Peu après l’assassinat, Recep Tayyip Erdogan a appelé Vladimir Poutine. Les dirigeants ont dénoncé une « provocation » visant à saboter leurs liens. Si un réchauffement s’est opéré depuis l’été, les relations n’ont pourtant pas toujours été cordiales. Pendant près d’un an, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan se sont livré une guerre des mots sur fond de profond désaccord sur le sort de Bachar al-Assad, allié de Moscou mais dont Ankara veut le départ.

« Les images de l’assassinat sont spectaculaires, mais la Russie est déjà parvenue à se réconcilier avec la Turquie après un incident bien plus grave », rappelle Dominique Colas, professeur à Sciences Po et spécialiste de la Russie. En novembre 2015, la Turquie abat un bombardier russe au-dessus de la frontière syrienne. Les deux pays devraient donc poursuivre la « normalisation » de leurs relations entamées depuis plusieurs semaines. La Turquie a d’ailleurs accepté un fait inédit : la participation de 18 enquêteurs, agents des services secrets et diplomates russes aux investigations.

Quelles conséquences dans le dossier syrien ? 

Le président turc a affirmé avoir convenu avec son homologue russe de poursuivre leur coopération, y compris au sujet de la Syrie. Au lendemain de l’assassinat de l’ambassadeur, la Russie et l’Iran, alliés de Bachar al-Assad, et la Turquie, soutien des rebelles syriens, ont convenu de l’importance d’étendre le cessez-le-feu en Syrie. « L’attentat n’a pas d’effets immédiats sur la crise syrienne et l’évacuation d’une partie des civils d’Alep. Mais il rappelle que les deux pays ont des objectifs contraires sur l’avenir de la Syrie ou même de la région », assure Jean Marcou.