VIDEO. Russie vs Turquie : Les raisons du clash

DIPLOMATIE L'avion russe abattu par la Turquie n'est pas le seul déclencheur d'une mésentente aux racines profondes entre les deux pays...

Nicolas Bégasse

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Montage: Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan en 2015.
Montage: Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan en 2015. — Sergei Karpukhin/Burhan Ozbilici/AP/SIPA

Pourquoi Moscou et Ankara ne peuvent-ils plus s’encadrer ? La question peut paraître idiote, un jour seulement après qu’un avion militaire russe a été abattu par des chasseurs turcs les accusant d’avoir survolé leur territoire sans autorisation. Mais en la posant au politologue Ali Kazancigil, directeur de la revue Anatoli (CNRS Editions) et fin connaisseur de la Turquie et de sa diplomatie, on se rend compte que les raisons du désamour sont bien plus anciennes et variées. Tour d’horizon.

Une mésentente historique

Quelle que soit l'époque (et leurs noms), la Russie et la Turquie, deux pays connus pour leur passé impérialiste, ne se sont pas pas toujours entendu, loin de là. « Il y a eu de la coopération, commence Ali Kazancigil, comme quand Lénine a soutenu Atatürk pour planifier l’économie et l’industrialisation de la jeune République. » Mais les temps ont vite changé. « Après-guerre, ça a été autre chose : Staline avait des visées sur des provinces à l’est de la Turquie, ce qui a poussé cette dernière à s’aligner sur les Etats-Unis et l’Occident et à rejoindre l’Otan » pour se placer, en pleine guerre froide, dans le camp des antagonistes de Moscou.

La Turquie, membre de l’Otan

Même si « à l’époque de l’URSS, l’existence de l’Otan a dégradé les relations diplomatiques » avec la Turquie, pour Ali Kazancigil, « ces relations deviennent correctes après la chute de l’Union soviétique, notamment sur le plan économique, la Turquie important beaucoup de gaz russe et les compagnies de travaux publics turques étant très actives en Russie ». Sans oublier que pour les Russes, la Turquie est une destination de vacances privilégiée. Mais depuis peu, cette entente cordiale s’est à nouveau dégradée…

Pas de crise en Crimée, mais…

La Crimée, annexée début 2014 par la Russie de Poutine, est une poudrière qui aurait bien pu faire exploser les relations entre Ankara et Moscou. Quel rapport entre cette péninsule ukrainienne et la Turquie ? Les Tatars de Crimée, population d’origine turque « dont les intellectuels ont apporté au début du siècle dernier l’idée d’un nationalisme turc », rappelle Ali Kazancigil, et auxquels l’invasion russe a porté préjudice. « Pour cette fois-ci, les tensions ne s’étaient pas transformées en véritable crise », note l’expert. Celle-ci naîtra d’un autre front : la Syrie.

>> A lire : Poutine menace la Russie de représailles et l’accuse de soutenir Daesh

Les amis d’Erdogan tués par Poutine

En Syrie, Moscou et Ankara n’ont ni les mêmes ennemis, ni les mêmes alliés. Côté Poutine, tous ceux qui ne sont pas pro-Assad sont vus comme des terroristes à abattre, y compris les Turkmènes turcophones que l'avion russe abattu mardi aurait justement été en train de viser. Côté Erdogan, Assad est l’ennemi n°1, ses opposants sont à soutenir et même Daesh, qui combat entre autres les Kurdes, qu’Erdogan honnit, n’est pas gênant. Pire : comme le rappelle Ali Kazancigil, la Turquie est fortement soupçonnée d’avoir acheté au marché noir le pétrole de Daesh, finançant ainsi le groupe djihadiste. Un pacte avec le diable, comme l’illustre le sanglant attentat du 10 octobre à Ankara. On le voit : même si la position d’Erdogan sur Daesh est amenée à changer, son opinion des Kurdes, d’Assad et de l’opposition syrienne reste diamétralement opposée à celle de Poutine. Bien malin qui saura inscrire les deux dans une même coalition.