Le président syrien, Bachar al-Assad (g), et son homologue russe, Vladimir Poutine, à Moscou, le 21 octobre 2015
Le président syrien, Bachar al-Assad (g), et son homologue russe, Vladimir Poutine, à Moscou, le 21 octobre 2015 — ALEXEY DRUZHININ RIA NOVOSTI

INTERVIEW

Visite d'al-Assad à Moscou: «Poutine veut monter un nouvel ordre concurrent»

Le président russe a affiché son soutien à son homologue syrien...

Elle a surpris tout le monde. Le président syrien Bachar al-Assad a effectué une visite surprise à Moscou, sa première sortie officielle de son pays depuis le début de la guerre civile, pour remercier l’allié russe de son engagement militaire auprès de ses troupes face aux rebelles. Michel Eltchaninoff, philosophe et auteur de Dans la tête de Vladimir Poutine (Ed. Actes Sud), revient pour 20 Minutes sur les raisons du soutien du président russe à Bachar al-Assad.

Pourquoi Valdimir Poutine apporte-t-il un soutien indéfectible à Bachar al-Assad ?

Poutine a cette idée que l’on ne renverse pas un dictateur. Dans son discours lors de l’assemblée générale Nations Unies, il a assimilé les révolutions arabes à des manipulations des services secrets occidentaux, à des attaques de l’Occident à l’encontre de régimes politiques stables.

Par ailleurs, la Syrie est un allié historique de la Russie. Cette alliance est aussi un atout précieux pour Vladimir Poutine puisqu’il y gagne un accès à la Méditerranée, avec la base militaire russe à Tartous.

L’implication de Poutine dans le dossier syrien lui permet aussi de revenir sur la scène internationale…

La crise en Ukraine a privé la Russie de G8. Avec le dossier syrien, Poutine rachète son ticket pour le devant de la scène internationale. La Russie veut démontrer sa capacité d’intervention unilatérale.

Poutine veut montrer au monde qu’il mène la politique qu’il veut, quand il le veut. Il a dans l’idée d’instaurer un nouvel ordre concurrent, que l’on pourrait appeler l’axe des non-alignés et qui rassemblerait l’Iran, la Russie, la Syrie et tous les pays qui seraient "déçus" par l’Occident. En atteste l’Union eurasiatique qu’il a créée, sorte de concurrente de l’Union européenne. En recevant al-Assad, il se pose en concurrent des Etats-Unis. Il poursuit là sa logique de confrontation.

Vladimir Poutine peut-il jouer un rôle déterminant dans la résolution du conflit syrien ?

La coalition internationale s’est entendue pour ne pas envisager de solution au conflit qui incluerait le maintien d’al-Assad au pouvoir. Or, c’est exactement ce que prône le président russe. Il a choisi son camp et enfonce le clou avec cette rencontre à Moscou entre lui et al-Assad.

Poutine est comme un éléphant dans un magasin de porcelaine : aujourd’hui, on se retrouve avec deux coalitions sur le terrain, dont une qui est acquise à la cause d’al-Assad. Poutine complique les choses plus qu’il ne les simplifie. Il contribue à faire que la situation en Syrie est aujourd’hui encore plus conflictuelle. Et plus dangereuse, tant sur le plan politique que militaire.