Russie: Le réalisateur ukrainien Oleg Sentsov condamné à 20 ans de prison pour terrorisme

JUSTICE « Terrorisme », « organisation d’un groupe terroriste » et « trafic d’armes » figurent parmi les chefs d’inculpation…

20 Minutes avec agences
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Le réalisateur ukranien Oleg Sentsov le 25 août 2015 dans sa cellule de Rostov-on-Don, en Russie
Le réalisateur ukranien Oleg Sentsov le 25 août 2015 dans sa cellule de Rostov-on-Don, en Russie — AP/SIPA

Oleg Sentsov, le réalisateur ukrainien, opposant à l’annexion de la Crimée par la Russie, arrêté le 10 mai 2014 a été condamné mardi par la justice russe à 20 ans de prison. Un procès pour « terrorisme », « organisation d’un groupe terroriste » et « trafic d’armes » dénoncé par Kiev et la communauté internationale.

Le cinéaste n’est pas le seul condamné. Le militant écologiste ukrainien Alexandre Koltchenko, jugé à ses côtés, a été condamné à une peine plus légère de 10 ans. Tous deux dénoncent un procès politique. A l’énoncé du verdict, les deux hommes ont d’abord souri, frondeurs et se sont tenus par les épaules avant d’entonner l’hymne national ukrainien.


Une condamnation décriée par le plus grand nombre

Les réactions n’ont pas tardé. La condamnation d’Oleg Sentsov « viole le droit international », a réagi la Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, tandis que le département d’État américain l’a qualifiée d'« erreur judiciaire ». L’avocat du réalisateur, Dmitri Dinze, a annoncé que son client allait faire appel et a dénoncé une condamnation allant « au-delà de l’injustice et du non-droit », selon l’agence de presse russe Tass. Le président ukrainien Petro Porochenko a choisi Twitter pour réagir : « Tiens le coup Oleg ! Le temps viendra pour ceux qui ont organisé ce procès contre toi d’être sur le banc des accusés » a-t-il publié. Amnesty International a pour sa part évoqué une justice rappelant les « procès staliniens ».

Le cinéaste s’est dit victime de tortures

A la barre, le réalisateur avait fustigé une justice d'« occupants », dans une allusion à l’annexion de la Crimée par la Russie. Il s’était aussi moqué du « nain sanguinaire » Vladimir Poutine et avait évoqué les actes de torture dont il affirmait avoir été victime en prison. Il avait lancé dans sa déclaration finale : « Quand on vous met un sac sur la tête, qu’on vous frappe, vous pouvez en une demi-heure oublier ce en quoi vous croyez et avouer tout ce qu’on vous demande. Mais que valent vos convictions si vous n’êtes pas prêt à souffrir pour elles ? » A noter qu’aucune investigation n’a été ouverte sur ces allégations de torture. Les enquêteurs ont préféré voir dans ses marques corporelles le signe que le réalisateur se livrait à des séances sado-masochistes avant son arrestation.

Le cinéaste condamné pour son rôle dans les manifestations pro-urkrainiennes de mai 2014

Arrêté en mai 2014 à son domicile de Crimée, le cinéaste ukrainien a été reconnu coupable d’avoir coordonné les activités d’un groupe de militants affiliés au mouvement paramilitaire ultranationaliste ukrainien Pravy Sektor (Secteur Droit), qui avaient pour mission d’attaquer les organisations prorusses et les infrastructures de la péninsule.

Mais s’il a reconnu avoir été présent à Kiev pendant les événements du Maïdan, le mouvement de contestation pro-européen ayant conduit à la chute du président prorusse Viktor Ianoukovitch, ce père de deux enfants a toujours nié en bloc les faits qui lui sont reprochés. Le milieu du cinéma avait réagi à son arrestation. Quelque 3.000 professionnels, dont les réalisateurs Ken Loach, Wim Wenders et Aki Kaurismäki ont demandé sa libération.

Onze prisonniers politiques sont toujours détenus en Russie 

Oleg Sentsov et Alexandre Koltchenko ne sont pas les seuls a séjourné dans les prisons russes. D’ailleurs, deux autres personnes ont été condamnées à sept ans de prison après avoir reconnu être les complices du réalisateur. Elles ont refusé de témoigner à nouveau, l’une d’elles ayant affirmé avoir avoué sous la torture. Selon le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Pavlo Klimkine, il reste encore « onze prisonniers politiques ukrainiens » incarcérés dans les prisons russes.