Ouragan Irma: La lente reconstruction prévue après la catastrophe

JOUR D'APRES Plusieurs hypothèses d’urbanisme ont été évoquées en vue de la reconstruction, qui prendra plusieurs semaines, de Saint-Martin et Saint-Barthélemy…

O. P.-V.

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La partie néerlandaise de Saint-Martin, aux Antilles, après le passage de l'ouragan Irma, le 6 septembre 2017.
La partie néerlandaise de Saint-Martin, aux Antilles, après le passage de l'ouragan Irma, le 6 septembre 2017. — Hollandse Hoogte/SIPA
  • Le coût des dégâts pourrait être supérieur à 200 millions d’euros.
  • Il faudra plusieurs semaines voire plusieurs mois pour revenir à la normale.
  • Les spécialistes mettent en garde contre une reconstruction à l’identique.

« 95 % des habitations » de Saint-Martin détruites, Saint-Barthélemy durement touché aussi. Après le passage de l’ouragan Irma, Edouard Philippe a annoncé que l’état de catastrophe naturelle était déclaré, afin de « permettre la mise en œuvre du régime de catastrophe pour l’indemnisation plus rapide des particuliers ».

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À Saint-Martin, ce sont précisément 65 % des habitations qui seraient hors d’usage. Emmanuel Macron a annoncé mercredi « un plan national de reconstruction », avec la mise en place d’un fonds d’urgence. La Caisse centrale de réassurance a avancé un coût « bien supérieur à 200 millions d’euros » pour évaluer les dommages causés par le cyclone.

« Une opération de longue durée »

Parmi les priorités, la remise en marche du réseau électrique, un chantier qui pourrait prendre « des semaines et des mois » avant d’espérer un fonctionnement de nouveau normal, expliquait jeudi sur Europe 1 le patron d’EDF, Jean-Bernard Lévy.

Surtout, c’est l’eau potable qui vient à manquer pour le moment du fait des usines de désalinisation hors de service, une urgence soulignée auprès de 20 Minutes par le secouriste Thierry Velu, président de l’ONG Groupe de secours catastrophe français, qui prévoit lui aussi un certain temps pour la reconstruction des zones détruites : « Ce sera une opération de longue durée, nous sommes encore dans la phase de découverte dans les vingt-quatre premières heures. Il faudra quelques semaines pour revenir à la normale. »

« Arrêter de construire comme on construit aujourd’hui »

Une reconstruction dont l’entame doit se faire rapidement, selon le fondateur des Architectes de l’urgence Patrick Coulombel, sur France Info : « Il faut des solutions vraiment très temporaires, avec des tentes, et tout de suite on démarre. » L’intervenant avertit sur le danger de reproduire ce qu’il s’est passé à Haïti, en améliorant les structures plutôt qu’en laissant en jachère des situations censées être temporaires : « Il faut profiter des réparations pour remettre un cran en termes de sécurité sur les constructions, en faisant des bâtiments anticycloniques. »

Auprès de l’AFP, Philippe Michaux, ingénieur et vice-président de la fédération régionale du bâtiment et des travaux publics de Guadeloupe, a abondé : « Il faut être pragmatique, aller vite, mais aussi arrêter de construire comme on construit aujourd’hui. […] On peut mieux réaménager, enterrer les réseaux électriques et sinon déplacer les routes, au moins avoir des déviations qui permettent, en cas d’inondation littorale, de passer un peu par l’intérieur. »

Dans Le Monde paru ce vendredi, l’urbaniste Isabelle Thomas, professeure à l’université de Montréal, donne également quelques pistes pour reconstruire en anticipant d’autres événements climatiques extrêmes dans les prochaines années : « L’une des mesures passe par le développement d’infrastructures vertes pour capter l’eau à la source, afin d’éviter qu’elle ne ruisselle et ne s’accumule. […] À l’inverse, les villes doivent utiliser moins de béton et d’asphalte, qui n’assurent pas l’infiltration de l’eau, au contraire des pavés filtrants, par exemple. […] Il faut également revoir l’architecture pour vivre avec l’eau : par exemple, construire des maisons à deux étages au lieu d’un seul, avec une porte de sécurité sur le toit. »