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géopolitiqueDepuis le 7 octobre, le Hamas « mène une double stratégie médiatique »

Guerre Hamas-Israël : En diffusant des images d’otages souriants, le Hamas veut « gagner la sympathie internationale »

géopolitiqueLe Hamas accompagne les libérations d’otages d’images et de vidéos où ceux-ci apparaissent saluant leurs gardiens. Depuis les attaques du 7 octobre, le groupe « mène une double stratégie médiatique », analyse une experte
Dans ces images diffusées par le bureau des médias du Hamas, des otages thaïlandais saluent au moment de leur libération.
Dans ces images diffusées par le bureau des médias du Hamas, des otages thaïlandais saluent au moment de leur libération. - AFP / HAMAS MEDIA OFFICE
Mathilde Cousin

Mathilde Cousin

L'essentiel

  • Depuis l’entrée en vigueur de la trêve le 24 novembre, 70 otages ont été libérés par le Hamas et confiés à la Croix-Rouge.
  • Le Hamas accompagne ces libérations de photos et de vidéos montrant les otages souriant ou saluant des membres des brigades d’Al-Qassam, le corps paramilitaire de l’organisation.
  • Avec ces diffusions, le Hamas cherche à « gagner la sympathie internationale à sa cause en mettant en avant sa prétendue compassion à l’égard des otages », analyse Devorah Margolin, une chercheuse.

«Les prisonniers ont l’air en bonne santé et confortables alors qu’ils saluent les combattants de la résistance. » Vue plus de 7,5 millions de fois sur X depuis sa diffusion dimanche, cette vidéo met en scène des otages israéliens au moment de leur remise à la Croix Rouge par le Hamas, donnant l’impression que les otages ne partent pas en mauvais termes avec leurs gardiens. On entend pourtant une voix masculine lancer à des otages : « Continuez de saluer », un ordre qui interroge sur les conditions de tournage de ces images.

Mardi, c’est une lettre qui aurait été écrite par l’une des otages israéliennes libérées, Danielle Aloni, qui est devenue virale sur les réseaux sociaux. L’otage, qui a été libérée vendredi avec sa fille, y remercie ses gardiens pour le bon traitement de la fillette. Danielle Aloni n’a pas confirmé l’authenticité de la lettre.

Le lendemain, le Hamas a diffusé de nouvelles images, montrant des otages tout sourire au moment de leur libération. Des documents qui viennent en contradiction avec certains récits de détention faits par les proches des otages.

Des prises d’otages qui « vont à l’encontre » de la légitimité politique que le Hamas veut bâtir

Que cherche alors à faire le Hamas en diffusant ces images ? « Depuis le 7 octobre, celui-ci mène une double stratégie médiatique », analyse pour 20 Minutes Devorah Margolin, une chercheuse américaine spécialiste du terrorisme ainsi que de la propagande et des communications stratégiques. « D’une part, le Hamas projette les actions violentes menées par ses combattants ce jour-là à ses partisans et, d’autre part, il tente de gagner la sympathie internationale à sa cause en mettant en avant sa prétendue compassion à l’égard des otages ».

L’experte souligne que ces prises d’otages de femmes et d’enfants « vont à l’encontre » de la légitimité politique que le Hamas s’efforce de bâtir depuis plusieurs années. Si le groupe a déjà pris des hommes adultes en otage, la capture de femmes et d’enfants « constitue un tournant pour le groupe ».

Devorah Margolin prévient toutefois que « les apparences peuvent être trompeuses ». « Ceux qui diffusent des images prétendument joyeuses d’otages civils cherchent à minimiser les dommages sur la scène internationale que le 7 octobre a causé aux revendications de légitimité du Hamas en tant qu’acteur politique », développe la chercheuse de l’Institut de Washington pour la politique du Proche-Orient. Pour l’experte, « ils cherchent également à minimiser les expériences de ces otages ».

Le Hamas ne possède plus de compte à son nom sur les réseaux sociaux grand public. Le dernier, un compte Twitter, a été fermé en 2019, rappelle Devorah Margolin. Dans le passé, le groupe a adapté sa communication aux différents publics visés. Lors de précédents conflits, le Hamas s’est adressé à un public international en cherchant à susciter « la sympathie pour sa cause ». « Cela diffère des documents créés en arabe, qui mettent l’accent sur la résistance [contre Israël] », développe l’experte.

Le Hamas a libéré 70 otages depuis l’entrée en vigueur de la trêve le 24 novembre. 23 Thaïlandais, un Philippin et trois Russo-Israéliens ont également recouvert la liberté, mais hors du cadre de l’accord, selon un bilan communiqué par l’AFP. 210 Palestiniens emprisonnés en Israël ont également été libérés.

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