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Etats-Unis : C’est quoi cette polémique autour de l’antisémitisme de Harvard ?

controverseLe Congrès américain a annoncé ouvrir une enquête sur la gestion par trois prestigieuses universités de ce qu’il qualifie d'« antisémitisme endémique » sur leurs campus
Les partisans de la Palestine se rassemblent à Harvard Yard pour montrer leur soutien aux Palestiniens de Gaza lors d'un rassemblement à Cambridge.
Les partisans de la Palestine se rassemblent à Harvard Yard pour montrer leur soutien aux Palestiniens de Gaza lors d'un rassemblement à Cambridge. - Joseph Prezioso / AFP / AFP
20 Minutes avec AFP

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Des grandes écoles pas toujours respectables ? Les présidentes des universités d’Harvard, de l’université de Pennsylvanie et du Massachusetts Institute of Technology sont sous le feu des critiques depuis mardi et l’audition au Capitole consacrée à l’antisémitisme dans les couloirs de leur académie sur fond de guerre entre le Hamas et Israël. Retour sur la polémique qui agitent les Etats-Unis.

Une audition qui passe mal

Le conflit entre Israël et le Hamas déchaîne les passions dans plusieurs des universités les plus renommées des Etats-Unis. Ces dernières ont été sommées par des donateurs de condamner clairement des manifestations d’étudiants pro-palestiniens. La présidente de la prestigieuse université américaine de Harvard, Claudine Gay et deux autres présidentes d’université ont été auditionnées mardi à ce sujet par une commission parlementaire dont l’objectif affiché était de leur « faire rendre des comptes » après « d’innombrables manifestations antisémites ».

L’élue républicaine Elise Stefanik a assimilé les appels de la part de certains étudiants à l' « intifada » à un « génocide contre les juifs en Israël et dans le monde ». Elle a exigé de Claudine Gay qu’elle dise si ce type de slogan était contraire au code de conduite de Harvard. « Nous souscrivons à un engagement en faveur de la liberté d’expression, même d’opinions répréhensibles, insultantes, haineuses », a répondu la présidente. « Quand le discours se transforme en comportement qui viole nos politiques, y compris contre le harcèlement ou l’intimidation, nous prenons des mesures ». Un argumentaire qui n’a pas été du goût d’Elise Stefanik, qui a réclamé que Claudine Gay démissionne « immédiatement ».

Une polémique qui gonfle

Yad Vashem, le mémorial de la Shoah en Israël, s’est dit de son côté « consterné que des dirigeants d’institutions académiques d’élite utilisent une contextualisation trompeuse pour minimiser et excuser les appels au génocide des juifs ». « Toute université, institution ou société qui peut "contextualiser" et excuser des appels au génocide est vouée à l’échec », a déclaré son président Dani Dayan dans un communiqué.

Le sénateur républicain Ted Cruz a lui estimé sur X que la réponse de la présidente de Harvard était « honteuse », tandis que le professeur de droit Laurence Tribe a regretté « les réponses hésitantes, stéréotypées et bizarrement évasives de Claudine Gay ». L’éditorialiste et chercheur Shadi Hamid a lui aussi jugé cette « gênante », mais « parce qu’elle a accepté le postulat de Stefanik selon lequel dire "intifada" équivaut à appeler au génocide, ce qui est ridicule ».

Une enquête ouverte

Jeudi, la commission chargée des questions d’éducation à la Chambre des représentants, a estimé que les réponses des présidentes d’universités face à ce qu’ils qualifient d'« antisémitisme endémique » sur les campus étaient « inacceptables ». « Les membres de la commission sont profondément préoccupés par leur gouvernance et leur incapacité à prendre des mesures pour offrir aux étudiants juifs le cadre éducatif sûr auquel ils ont droit », a jugé le groupe, aux mains des républicains. Une enquête a donc été ouverte pour identifier les « manquements individuels et institutionnels » de ces institutions académiques d’élite.

Des précisions et des explications

Plusieurs des dirigeantes auditionnées ont depuis publié des communiqués ou des vidéos, contraintes de préciser leurs propos. « Certains ont confondu le droit à la libre expression avec l’idée que Harvard cautionnerait les appels à la violence contre les étudiants juifs. Je veux être claire : les appels à la violence ou au génocide contre la communauté juive, ou tout autre groupe ethnique ou religieux, sont ignobles », a dit la présidente d’Harvard. Ces appels « n’ont pas leur place à Harvard et ceux qui menacent nos étudiants juifs devront rendre des comptes », a-t-elle affirmé. Même chose du côté de la présidente de Pennsylvania University Liz Magill selon laquelle ses réponses à l’audition n’étaient qu’une application du droit américain.

C’est ce qu’explique Cécile Alduy, professeure de littérature et civilisation française à Stanford University et chercheuse au CéviPof à Science Po. « Les propos des présidentes sont parfaitement conformes au droit américain sur la liberté d’expression. Les universités ne peuvent pas interdire juridiquement les propos antisémites ou racistes sauf s’ils sont une invitation directe à un acte de violence, ceci en vertu du premier amendement qui interdit toute limite à la liberté d’expression. Ces présidentes ne font qu’appliquer scrupuleusement le droit américain et pourraient être poursuivies en justice » dans le cas contraire, développe-t-elle sur X.

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