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InterviewL’inculpation de Trump peut changer le cours de la campagne présidentielle

L’inculpation de Donald Trump « peut changer le cours de la campagne présidentielle »

InterviewL’ancien président américain va devoir comparaître devant la justice pénale de New York, une première dans l’histoire des Etats-Unis
Une partisane de l'ancien président américain Donald Trump tient un drapeau « Trump 2024 » alors qu'elle proteste près du club Mar-a-Lago à Palm Beach, en Floride, le 30 mars 2023.
Une partisane de l'ancien président américain Donald Trump tient un drapeau « Trump 2024 » alors qu'elle proteste près du club Mar-a-Lago à Palm Beach, en Floride, le 30 mars 2023.  - CHANDAN KHANNA / AFP
Cécile De Sèze

Propos recueillis par Cécile De Sèze

L'essentiel

  • Donald Trump est inculpé dans une affaire d’achat du silence d’une star du porno en 2016 et va devoir comparaître devant la justice pénale de New York.
  • L’ancien président américain qui entend briguer un nouveau mandat à la Maison Blanche pourrait bénéficier de cette affaire qu’il qualifie de « persécution politique. »
  • « Ça devrait lui permettre de fédérer son électorat qui était démobilisé depuis quelque temps », analyse pour 20 Minutes Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’Université Paris II, spécialisé dans les thématiques relatives à la société et à la politique aux Etats-Unis.

C’est historique aux Etats-Unis. Pour la première fois, un ancien président est inculpé au pénal et devra comparaître devant la justice de New York. Jeudi, un grand jury de Manathan a voté pour l’inculpation de Donald Trump, soupçonné d’avoir acheté le silence de la star du porno, Stormy Daniels, en 2016, à hauteur de 130.000 dollars. Un rebondissement judiciaire qui peut finalement être une aubaine pour l’ancien chef de l’Etat américain alors qu’il rêve de reconquérir la Maison Blanche en 2024.

Si Joe Biden a décliné tout commentaire, Donald Trump, comme le camp républicain, y voit « une persécution politique ». Un argument de campagne qui pourrait finalement « remobiliser son électorat », estime auprès de 20 Minutes Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’Université Paris II, spécialisé dans les thématiques relatives à la société et à la politique aux Etats-Unis.

Qu’est-ce que peut changer cette affaire pour la campagne de Donald Trump ?

Le procureur de Manhattan, Alvin Bragg, qui a inculpé Donald Trump, dépend d’une juridiction d’Etat. Il a donc été élu et est plutôt classé à gauche. La défense de l’ancien président se dessine ainsi clairement vers une politisation de l’affaire. Il va se poser en victime d’une cabale politique contre lui, menée avec les moyens de l’Etat. C’est différent d’une juridiction fédérale, ce n’est pas Donald Trump contre l’Amérique, mais Donald Trump contre New York, et ça change tout. Ça devrait lui permettre de fédérer son électorat qui était démobilisé depuis quelque temps. A travers cette attaque, il peut leur dire « C’est votre parole qu’on tue à travers moi. »

A moins d’un an de la primaire des Républicains, ça va le relancer. Alors que son premier meeting au Texas organisé le 25 mars dernier n’avait pas attiré les foules, les prochains vont certainement montrer un regain d’intérêt. Par ailleurs, la presse va à nouveau se passionner pour Donald Trump et en 2016, il devait justement son succès au fait que les médias parlaient de lui tout le temps.

« Sa victimisation est son seul argument de campagne, il n’a pas de programme »

Comment peut-il se servir politiquement de sa position d’inculpé ?

Même s’il n’y a rien qui stipule qu’une personne inculpée doit se présenter en personne pour sa mise en examen, Donald Trump va s’y rendre volontairement car il veut des images de lui, cela va participer à sa stratégie de victimisation à outrance, à la dramatisation de l’affaire. C’est son seul argument de campagne, il n’a pas de programme. Et cette affaire lui donne un avantage par rapport à ses concurrents.

Donald Trump va donc pouvoir bénéficier de la situation pour la primaire, mais est-ce que ce sera le cas pour la présidentielle ?

C’est une autre histoire. Les primaires républicaines comme démocrates se jouent aux extrêmes alors que la présidentielle se joue davantage au centre. Il faut alors réussir à revenir vers une politique plus au centre, des débats plus modérés, et je doute que Donald Trump en soit capable. En tout cas, il ne l’a jamais fait. Il n’est pas très bien parti pour la présidentielle.

Ses rivaux républicains, comme Ron de Santis ou Mike Pompeo, pourraient-ils en tirer parti ?

Si un procès a lieu avant 2024, oui ils pourraient en profiter. Mais c’est très improbable, voire impossible. Il y a beaucoup d’enjeux et l’équipe de défense de Donald Trump va tout faire pour repousser l’échéance. Or, s’il n’y a pas encore eu de procès, il n’y a pas non plus de condamnation et il est toujours présumé innocent.

Qu’est-ce que ça peut changer pour le camp démocrate ?

Il n’y a pas eu de réaction des démocrates pour le moment mais ça peut chambouler les plans de Joe Biden. Bien qu’il affirme qu’il a l’intention de se représenter, il n’a rien officialisé et je pense personnellement qu’il mise davantage sur Kamala Harris.

« Donald Trump pourrait gouverner depuis le fond d’une prison »

Seulement, si Donald Trump remporte la primaire, l’actuel locataire de la Maison Blanche sera forcé de se présenter. Il n’y a que Joe Biden qui peut battre Donald Trump. Cette inculpation peut donc changer le cours de cette campagne présidentielle. Je pense que c’était une erreur de la part des autorités judiciaires de New York car elles permettent ainsi à Donald Trump de démarrer réellement sa campagne.

S’il était condamné avant la présidentielle, serait-il empêché de se présenter ?

Pas du tout. Aux Etats-Unis, il n’y a que trois conditions pour se présenter à la présidentielle : avoir au moins 35 ans révolu au moment d’entrer en fonction, être né aux Etats-Unis ou avoir des parents américains et avoir résidé 14 ans dans le pays. Donc même si Donald Trump était condamné, il pourrait devenir président. Il pourrait même gouverner depuis la cellule d’une prison.

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