Attentat en Egypte: L'état d'urgence «est une façon de renforcer le pouvoir militaire grâce à Daesh»

SECURITE Le pays a vécu trente ans en état d'urgence sous le règle d'Hosni Moubarak entre 1981 et 2011...

Lucie Bras

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Le dirigeant égyptien Abdel Fattah al-Sissi lors de sa rencontre avec Donald Trum le 3 avril 2017.
Le dirigeant égyptien Abdel Fattah al-Sissi lors de sa rencontre avec Donald Trum le 3 avril 2017. — Andrew Harnik/AP/SIPA

C’est le retour de l’état d’urgence en Egypte : la mesure prise par le gouvernement d’Abdel Fattah Al-Sissi devait prendre effet ce lundi à 13 heures. La mesure a été décrétée par le gouvernement à la suite du double attentat contre des églises coptes dans les villes d’Alexandrie et Tanta dimanche. Pour être pleinement mis en place, l’état d’urgence doit encore être approuvé par le Parlement sous 7 jours.

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Quelles mesures contiennent l’état d’urgence égyptien ?

L’essentiel des mesures consiste à renforcer les pouvoirs de la police. Selon le député égyptien Yehia Kedouani, il permettra aussi le maintien en détention pendant 45 jours des « éléments terroristes actifs qui sont connus des services, mais pour qui il n’y a pas de preuves matérielles permettant de les traduire en justice ». Des couvre-feux et des tribunaux d’exception sont également à craindre.

Une manière dissimulée de légaliser la violence policière, d’après Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’Egypte. « On va trouver encore plus de monde dans les prisons et plus de torture », explique-t-il. « Al-Sissi va profiter de l’occasion pour faire taire les voix dissidentes. Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, il y a eu 38.000 morts et 60.000 prisonniers politiques », précise le chercheur.

Pourquoi a-t-il été mis en place ?

Officiellement, c’est pour protéger la population et plus particulièrement les chrétiens coptes, la plus importante et la plus ancienne communauté chrétienne du Moyen-Orient. Les deux attentats de dimanche ont fait 45 morts dans les villes d’Alexandrie et Tanta. Mais pour Marc Lacharrière, c’est un effet d’annonce : « C’est une façon de légitimer et renforcer le pouvoir militaire, grâce à Daesh. L’armée est incapable d’intervenir mais assure être l’un des derniers remparts contre les attaques de Daesh ». Sous couvert de protéger la population, l’armée s’installe un peu plus dans le pays, dont elle ponctionne « un quart du budget ».

En 1981 déjà, l’état d’urgence a été mis en place après l’assassinat du président Sadate et n’a cessé que 30 ans plus tard, à la fin du régime d’Hosni Moubarak en 2012.

Combien de temps cet état d’urgence peut-il durer ?

Il va être mis en place pendant trois mois, mais pourra être renouvelé si le gouvernement le juge nécessaire.

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Quelle époque s’annonce pour l’Egypte ?

Après la révolution en 2011, les Egyptiens se sont habitués pendant quelques années à une plus grande liberté. Pas sûr que les mesures répressives d’Al-Sissi ravissent la population. « Les gens savent que ça pourrait être autrement, notamment les jeunes », explique Marc Lavergne. « On va les retrouver en France car ce n’est plus vivable dans leur pays. » Pour le chercheur, cette population de jeunes qui n’ont ni avenir ni formation dans leur pays, est surtout un terreau riche pour l’implantation de Daesh, qui n’en a pas fini avec l’Egypte.