Egypte: Les législatives pour renforcer la mainmise d’Al-Sissi ont débuté

MONDE Le président en exercice a violemment réprimé toute forme d’opposition…

V.V. avec AFP

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Le Caire (Egypte), le 18 octobre 2015. Une femme vote pour les législatives censées renforcer la mainmise du président al-Sissi.
Le Caire (Egypte), le 18 octobre 2015. Une femme vote pour les législatives censées renforcer la mainmise du président al-Sissi. — Amr Nabil/AP/SIPA

Il n’y a pas vraiment de suspense. Les Egyptiens ont commencé à voter, ce dimanche, pour élire un Parlement qui doit renforcer la mainmise du président Abdel Fattah al-Sissi sur le pays, en l’absence de toute opposition. De fait, l’ex-chef de l’armée a violemment réprimé tous les contestataires depuis qu’il a destitué son prédécesseur islamiste, Mohamed Morsi, il y a plus de deux ans.

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Le seul enjeu de ce scrutin joué d’avance qui s’étale sur un mois et demi sera la participation, selon les experts. Elle permettra de savoir si la grande popularité, le quasi-culte de la personnalité dont jouit Abdel Fattah al-Sissi s’effrite ou non dans un pays dont l’économie est en déliquescence.

Procès de masse et condamnations à mort

« Ce sera le Parlement du président », estime sans ambages Hazem Hosny, professeur de Sciences politiques à l’université du Caire. « Une chambre d’enregistrement », renchérissent unanimes politologues et diplomates.

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Car après avoir destitué le 3 juillet 2013, Mohamed Morsi, le pouvoir d’al-Sissi a tué plus de 1.400 manifestants islamistes réclamant le retour de leur président, le premier élu démocratiquement en Egypte, et emprisonné plus de 15.000 membres de sa confrérie des Frères musulmans. Des centaines, à l’instar de Morsi lui-même, ont été condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs vivement dénoncés par l’ONU.

Pas d’opposition

Ce scrutin se déroule donc en l’absence de toute opposition, interdite, réprimée ou qui n’ose s’afficher de peur des représailles. Les innombrables affiches de candidats qui couvrent les murs de la capitale ne montrent que des candidats soutenant Sissi.

Les législatives, les premières depuis la dissolution en juin 2012 du Parlement dominé par les Frères musulmans, se déroulent ainsi dans une quasi-indifférence, une majorité d’Egyptiens étant ravis de la reprise en main du pays par un « homme fort » après trois ans de chaos consécutifs à la révolte de 2011.

Un « rempart » contre Daesh

« Personne ne connaît les candidats de la circonscription », lâche Islam Ahmed, un comptable de 32 ans qui passe devant le bureau de vote de Haram. Il ne votera pas. « Ce parlement sera faible, inutile, c’est juste pour dire qu’on fait des législatives », dit-il en souriant.

« Sissi est notre âme, notre lumière, l’Egypte est stable et en sécurité. Sans lui, nous serions des migrants comme ceux des autres pays autour de nous », lance, à l’inverse, Bouthaina Shehata, 66 ans.

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Outre un soutien populaire, le président bénéficie également de l’appui des pays occidentaux qui lui vendent massivement des armes, persuadés qu’il est – comme il le proclame – le principal rempart dans la région contre les djihadistes de Daesh.