20 Minutes : Actualités et infos en direct
TERRORISMEProfil, motivations, que sait-on sur le suspect de l’attentat de Bruxelles?

Attentat à Bruxelles : Radicalisé, en situation irrégulière… Que sait-on sur le suspect ?

TERRORISMESoupçonné d’avoir tué deux Suédois lors d’une attaque lundi soir à Bruxelles, Abdesalem L., un Tunisien en situation irrégulière de 45 ans, était connu de la police mais ne figurait pas sur la liste des personnes radicalisées en Belgique
L'homme soupçonné d'avoir tué deux Suédois lors d'un attentat en pleine rue lundi soir à Bruxelles a été mortellement blessé au cours d'une opération de police mardi matin.
L'homme soupçonné d'avoir tué deux Suédois lors d'un attentat en pleine rue lundi soir à Bruxelles a été mortellement blessé au cours d'une opération de police mardi matin.  - JAMES ARTHUR GEKIEREFP /  BELGA / AFP
Thibaut Chevillard

Thibaut Chevillard

L'essentiel

  • L’homme soupçonné d’avoir tué deux Suédois lors d’une attaque lundi soir à Bruxelles est un Tunisien en situation irrégulière en Belgique, connu de la police mais ne figurant pas sur la liste des personnes radicalisées, et qui affirmait être prêt à se « sacrifier » pour le Coran.
  • Il a été mortellement blessé lors de son interpellation par la police mardi matin dans la commune bruxelloise de Schaerbeek, où un immeuble avait été perquisitionné dans la nuit.
  • L’assaillant, qui a posté deux vidéos de revendication, semble avoir choisi de cibler des Suédois, un pays dont l’image s’est fortement dégradée cet été dans le monde musulman après plusieurs profanations du Coran autorisées sur son sol.

Peu avant 8 heures, ce mardi, la police bruxelloise reçoit enfin l’information qu’elle espérait. L’homme soupçonné d’avoir tué deux personnes, la veille, en pleine rue à Bruxelles, a été repéré à Schaerbeek, l’une des 19 communes qui composent la capitale belge. Il faut dire que le tireur, qui est activement recherché, a été très vite identifié. Et pour cause. Abdesalem L., un Tunisien de 45 ans en situation irrégulière en Belgique, a revendiqué son geste au nom de Daesh, dans deux vidéos postées sur son compte Facebook. Depuis, la photo de son visage circule sur les réseaux sociaux, et les médias ne parlent que de lui. Le témoin qui a alerté les enquêteurs est donc certain de l’avoir reconnu dans un café de la rue Van Oost, dans le quartier de la cage aux ours.

Les policiers se rendent immédiatement sur place. Le tuyau est bon. Lors de l’intervention, des coups de feu sont tirés. Touché au thorax, Abdesalem L. est grièvement blessé. Les secours dépêchés sur les lieux tentent de le réanimer. Il est transporté à l’hôpital où il est décédé, selon un communiqué du parquet fédéral, à 9h38. Dans le débit de boissons, les enquêteurs retrouvent un sac de vêtement et une arme de guerre. Probablement celle qu’il a utilisée pour commettre son attentat, lundi soir, vers 19h15, près de la place de la Sainctelette, à 3 km de là, un peu avant le début du match Belgique-Suède au stade du Roi Baudouin.

La Suède visée ?

Vêtu d’une veste orange fluo, le terroriste a d’abord assemblé son fusil d’assaut sur le trottoir. Puis il a ouvert le feu sur un taxi, blessant grièvement le conducteur. Deux passagers, des supporters suédois, ont tenté de s’enfuir. Mais Abdesalem L. les a poursuivis jusque dans le hall d’un immeuble. Il a froidement ouvert le feu sur les victimes à bout portant alors qu’elles étaient au sol. Un troisième Suédois a été blessé au cours de l’attaque. Casque blanc sur la tête, il a ensuite pris la fuite à scooter, devant les regards effrayés des nombreux témoins de la scène.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Se disant inspiré par l’Etat islamique, le tireur a ensuite posté un message de revendication sur les réseaux sociaux dans lequel il affirme avoir tué trois Suédois pour « venger les musulmans ». L’assaillant, dont le pseudonyme sur Facebook était « Slayem Slouma », semble avoir choisi de cibler des ressortissants de ce pays nordique, dont l’image s’est fortement dégradée cet été dans le monde musulman après plusieurs profanations du Coran autorisées sur son sol. « Dans une autre vidéo prise avant l’attentat, le même individu apparaît cagoulé et déclare que "le livre d’Allah est une ligne rouge pour laquelle il se sacrifie" », a indiqué Frédéric Van Leeuw, le procureur fédéral, chargé des dossiers de terrorisme.

Une demande d’asile rejetée

Marié et père d’un enfant, Abdesalem L. était en situation irrégulière. Il avait introduit une procédure d’asile en Belgique en novembre 2019. Mais sa demande avait été rejetée en octobre 2020, selon Nicole de Moor, la secrétaire d’Etat à l’asile et la migration. Comme il avait été « radié du registre national » par les autorités locales le 12 février 2021, il n’avait pas pu être localisé en vue d’un renvoi dans son pays d’origine. « A cause de cela, l’ordre de quitter le territoire qui a été établi en mars 2021 n’a jamais pu être délivré », a-t-elle ajouté.

Abdesalem L. était connu des services de police pour des faits de « trafic d’être humain, séjour illégal et atteinte à la sûreté de l’Etat », a déclaré le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne. Selon lui, en juillet 2016, des « informations non confirmées ont été transmises par un service de police étranger selon lesquelles l’homme avait un profil radicalisé et voulait partir vers une zone de conflit pour le djihad ». Mais à l’époque, peu après les attentats du 22 mars 2016, « ce type d’information et de notification était légion ». Les services belges avaient bien tenté de vérifier cette information. Mais selon Vincent Van Quickenborne, aucune suite n’avait été donnée. « Il n’y avait aucune information concrète de radicalisation, c’est pourquoi cette personne ne figurait pas sur la liste de l’OCAM », qui recense les personnes fichées pour « extrémisme », a assuré le ministre.

« Des propos radicaux »

Plus tôt cette année, Abdesalem L. avait été dénoncé à la police par l’occupant d’un centre d’asile de la région de la Campine, près d’Anvers. Ce dernier affirmait que le suspect l’avait menacé et qu’il avait été condamné pour terrorisme en Tunisie. Une réunion du « Joint Information Center » – une structure créée après les attentats de mars 2016 pour suivre les dossiers en matière de terrorisme – avait même été convoquée à son sujet par la police judiciaire fédérale d’Anvers pour ce mardi. Entre-temps, les services belges avaient reçu « l’information que l’homme n’avait pas été condamné pour terrorisme en Tunisie mais bien pour des délits de droit commun », a indiqué Vincent Van Quickenborne, pour qui la mesure de la police d’Anvers était « plutôt par précaution », car « il n’était pas alors question d’une menace terroriste concrète ou imminente ».

La maire de Schaerbeek, Cécile Jodogne, où a eu lieu la fusillade de ce matin, a déclaré à la RTBF qu’il avait été « chassé il y a quelque temps » de la mosquée qu’il fréquentait après avoir tenu « des propos radicaux ». Abdesalem L., a-t-elle ajouté, n’était « pas connu des services communaux ». L’élue a évoqué « une famille qui apparemment ne posait pas de problème ». Son épouse est actuellement entendue par les enquêteurs, qui tentent de déterminer s’il a agi seul et s’il a été aidé. « C’est important qu’aucune piste ne soit trop rapidement écartée. Il est question de faits graves et de la sécurité des habitants de notre pays », a expliqué sur VTM Nieuws la ministre de l’Intérieur, Annelies Verlinden. Avant d’ajouter : « Le parquet fédéral fait tout son possible pour enquêter sur tous les scénarios possibles. Tant qu’il n’y a pas d’éclaircissement, aucune piste ne sera écartée. »

Sujets liés