Syrie: Plus qu’un mois avant la fin du califat de l'organisation de l'Etat islamique, vraiment?

CONFLIT Le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes assure ce vendredi avoir besoin d’un mois encore pour venir à bout des derniers territoires contrôlés dans le pays par le groupe islamiste. Optimiste?...

F.P.

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Une image d'archives datant de 2014 de Daesh à Raqa en Syrie
Une image d'archives datant de 2014 de Daesh à Raqa en Syrie — Uncredited/AP/SIPA
  • L’Etat islamique ne contrôle plus aujourd’hui que quelques poches de résistance en Syrie. Une poignée de hameaux dans l’Est du pays, près de la frontière irakienne.
  • Mazloum Kobani, commandant en chef des Forces démocratiques syriennes, dit pouvoir en venir à bout d’ici un mois, tout en reconnaissant que la bataille avait été rendue compliquée par l’adoption de nouvelles tactiques par l’adversaire.
  • Acculés, les derniers combattants de l’EI basculent en effet dans la clandestinité, une forme qu’elle connaît bien puisqu’elle la caractérisait avant 2014 et le début de ses conquêtes territoriales.

Le califat de l’État islamique touche-t-il aussi à sa fin en Syrie ? Dans une interview accordée à l’AFP, Mazloum Kobani, commandant en chef des Forces démocratiques syriennes, assure que les combattants djihadistes sont désormais cernés dans les dernières poches de ce proto-état proclamé par l’organisation islamique en 2014 et qui s’est étendu sur une partie de la Syrie et de l’Irak.

Déjà des prédictions similaires par le passé

« Nous avons besoin d’un mois pour éliminer ce qu’il reste de l’EI dans le secteur », estime alors Mazloum Kobani. Réaliste ? Ce n’est pas la première fois en tout cas qu’est prédite la fin du califat « physique » de l’organisation de l’Etat islamique en Irak et en Syrie. Début septembre dernier, le général François Lecointre, chef d’état-major des armées françaises, annonçait que Daesh ne contrôlerait plus aucun territoire au Levant avant la fin de l’année 2018, « sans doute même à la fin de l’automne ». Fin décembre 2017, Emmanuel Macron promettait, lui, l a victoire contre Daech en Syrie pour « mi ou fin février » 2018.

Est-ce bien la fin, cette fois-ci ? Le califat n’en a-t-il plus que pour un mois comme l’assure Mazloum Kobani ? « Il est incontestable que l’État islamique a pris des coups militaires sérieux ces derniers et temps et que les zones que l’organisation contrôle se sont considérablement réduites en quatre ans, commence le géopolitologue Didier Billion, directeur adjoint de l ’Iris (Institut supérieur de relations internationales et stratégiques), spécialiste du Moyen-Orient. Le califat, à son apogée, englobait un bon tiers de l’Irak et un tiers aussi, pratiquement de la Syrie. Le terme même de califat n’est plus approprié désormais puisqu’il n’y a plus de continuité entre ces territoires contrôlés. On parlerait seulement aujourd’hui d’une vingtaine de villages encore sous contrôle de l’EI. »

Une bataille qui se complique à mesure que l’EI est acculé

Cette poche de résistance est nichée dans l’Est de la Syrie, dans la province de Deir Ezzor, entre l’Euphrate et la frontière irakienne. Militairement, il est très vraisemblablement possible d’en venir à bout. Dans un délai d’un mois ? Difficile à dire tant la bataille contre l’État islamique s’est révélé à chaque fois pour l’instant plus longue que prévu. « Les centaines d’engins explosifs improvisés laissés par l’État islamique » et « la question des civils, qui doivent pouvoir sortir sains et saufs » ont ralenti la progression des Forces démocratiques syriennes (FDS), rappelait début septembre le Journal du Dimanche, en citant les récents propos du colonel Sean Ryan, porte-parole de la coalition internationale antidjihadiste, dirigée par les Etats-Unis et qui vient en appui des FDS.

A cela s’ajoute l’entrée dans la clandestinité des combattants de l’EI. « Plus ils sont acculés et plus ce sera le cas, indique Didier Billon. Ce sont les fameuses cellules dormantes dont il est impossible, par définition de mesurer le nombre et la force d’impact, mais qu’on imagine très mobiles et donc plus difficiles à battre militairement. » Mazloum Kobani dit faire déjà face à ces nouvelles tactiques de guerre. « L’activation des cellules dormantes, le recrutement secret de combattant et des opérations suicide, des attentats à la bombe et des assassinats ». « Nous nous attendons à une intensification de ce (genre) d’opérations de l’EI contre nos forces une fois que nous aurons mis fin à leur présence militaire », a-t-il commenté auprès de l’AFP.

Pas la fin du groupe État islamique pour autant…

C’est toute la difficulté, selon Didier Billon. « Reprendre les territoires autrefois contrôlés par l’État Islamique ne signifie pas qu’on en a fini avec l’organisation », insiste le directeur adjoint de l’Iris. C’est une organisation multiforme, qui a l’habitude de la clandestinité et qui bénéficie de réseaux d’entraide. Surtout, les causes profondes qui ont permis l’émergence et l’affirmation de l’État islamique en Irak et en Syrie sont toujours présentes. Notamment ce sentiment pour les populations sunnites de ces deux pays de ne pas être considérées comme des composantes à égalité de droit et de devoir avec le reste de la population. »

En Irak, le groupe Etat Islamique a déjà repris la forme qui le caractérisait avant 2014 et le début de ses conquêtes territoriales. « Daesh continue à exister de manière clandestine, notamment sur le plateau d’Hawija, situé entre Mossoul et Bagdad, analysait ainsi le général Lecointre lors de son audition en juillet par la Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale. Très clairement, de longs mois, voire plusieurs années devront passer avant que la situation ne soit pleinement stabilisée et que l’État de droit soit restauré en Irak. »