Daesh: Du côté de la propagande aussi, les djihadistes perdent du terrain

TERRORISME Les défaites que connaît le groupe terroriste sur la scène irako-syrienne ont des conséquences sur le Web...

Florence Floux

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Des combattants de Daesh dans une vidéo de propagande de février 2015.
Des combattants de Daesh dans une vidéo de propagande de février 2015. — AP/SIPA

Il n’y a pas qu’en Syrie et en Irak que le groupe Etat islamique perd du terrain. Si l’organisation de l’Etat islamique (EI) a mis en ligne il y a une semaine une seconde vidéo de propagande sur la bataille de Mossoul, les offensives de la coalition et de l’armée irakienne et l’avancée des forces arabo-kurdes en Syrie affaiblissent le groupe terroriste sur son territoire. Les rangs des djihadistes sur place se clairsèment, réduisant également le flux de propagande en provenance du « califat » autoproclamé par Al-Baghdadi en 2014.

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Dans son livre Etat islamique, le fait accompli (Ed. Plon), le journaliste de France 24 Wassim Nassr décrit une production vidéo qui a révolutionné la propagande djihadiste. « Go-pro au bout des kalachnikovs » mais aussi utilisation de drones et les meilleures caméras possible… Daesh met tout en œuvre pour obtenir des images de la meilleure qualité possible et dont les codes rappellent les films de guerre ou les jeux vidéo.

Effets spéciaux, bruitages et voix-off 

Achraf Ben Brahim, auteur de L’Emprise - Enquête au cœur de la djihadosphère (Ed. Lemieux), évoque des ajouts « d’effets spéciaux, de voix-off, de bruitages factices, de ralentis et de mises en scène de qualité qui feraient presque passer le combat pour un jeu grandeur nature où il est impossible de mourir ». 

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Ces prouesses de propagande, EI a dû les mettre un peu en berne ces derniers mois. « Depuis un an, il y a une baisse quantitative et qualitative de leurs vidéos.Ils continuent de produire, la plupart du temps des vidéos plus courtes diffusées par leur agence Amaq », explique Wassim Nassr. Pour Pieter Van Ostaeyen, historien et islamologue belge, « cette baisse est forcément due aux attaques constantes que subi Daesh », « certains centres de médias ayant aussi été détruits ».

Un taux de mortalité élevé chez les caméramen

Achraf Ben Brahim décrit un système de communication très fédéré au sein de l'EI : « C'est une toile d'araignée. Chaque wilayat - division administrative - produit ses propres contenus en fonction de ses spécialités : certains font des vidéos sur la vie là-bas, où on voit les djihadistes se baigner dans les rivières par exemple, d'autres sont spécialisés dans les scènes de combat ». 

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La situation militaire actuelle a donc un impact non négligeable sur ces productions, pour plusieurs raisons. « Ceux qui filment les combats ont un taux de mortalité élevé, ce qui ralentit forcément la production », commente Wassim Nassr. Autre raison, le manque de temps. « Il y a une différence entre les vidéos en arabe, qui sont elles aussi moins nombreuses, mais qui continuent d'arriver, et celles en français. L'EI n'a plus le temps de trouver des djihadistes qui parlent français. Et il faut de toute façon scénariser, dérusher, monter les images. Cela prend trop de temps, avec les pertes de territoire actuelles », estime Achraf Ben Brahim.

«Il y a clairement une ambiance de fin de règne»

On est loin de l'âge d'or de Daesh sur la Toile, dans les années 2014 et 2015, qui ont connu une production massive de vidéos en tout genre. « Il y a clairement une ambiance de fin de règne », souligne Achraf Ben Brahim, même s'il serait ridicule de crier victoire si vite. « Ce n'est pas parce qu'on regarde une vidéo de propagande qu'on va décider de partir pour la Syrie », ironise le jeune homme. 

Wassim Nassr prévient également : « L'EI est toujours aussi actif sur les réseaux sociaux, même si Twitter et YouTube font leur boulot, en supprimant beaucoup de comptes et de contenus. YouTube par exemple a mis en place un algorithme qui fait sauter les vidéos. Avant, elles pouvaient rester en ligne pendant des jours. Aujourd'hui, elles disparaissent au bout de quelques minutes. »

Cette répression sur les plateformes vidéos et Twitter se serait accélérée après les attentats du 13 novembre, d'après Achraf Ben Brahim. Malgré tout cela, impossible de connaître l'impact réel de cette baisse de contenus. Pour Wassim Nassr, « il ne s'agit pas d'une science exacte. Les gens qui filment sont là-bas, mais ceux qui partagent les vidéos peuvent se trouver n'importe où. Ces contenus font partie d'un tout, ce n'est qu'une seule brique de l'édifice. »