Daesh en Syrie et en Irak: Ce qui se cache derrière le message «optimiste» de Le Drian

TERRORISME Le ministre de la Défense envisage de reprendre Raqqa et Mossoul d'ici à la fin de l'année, deux conditions préalables à l'éradication de Daesh...

N.Beu.

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Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, sur la base militaire de Mont-de-Marsan, le 10 mars 2016.
Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, sur la base militaire de Mont-de-Marsan, le 10 mars 2016. — GEORGES GOBET / AFP

« Pour la première fois », il est venu porter « un message un peu optimiste ». Sur France Info, ce jeudi matin, Jean-Yves Le Drian a été plus loin que ces dernières semaines dans son analyse de la situation en Syrie et en Irak, en affirmant que « les conditions sont en train de se réunir pour éradiquer Daesh » et que « les objectifs de la coalition sont que Mossoul et Raqqa tombent avant la fin de l’année ». Mais pourquoi un tel optimisme ? 20 Minutes vous fait la traduction.

Daesh continue de perdre du terrain

Jean-Yves Le Drian s’en est félicité ce jeudi matin : « Je constate que Daech recule, et recule significativement. Depuis l’occupation par Daesh de la Syrie et de l’Irak et depuis la tentative sur Bagdad en juin 2014, Daesh a perdu entre 30 et 40 % de son territoire. C’est beaucoup ! » Concrètement, l'organisation a surtout reculé en Irak. Il y a dix jours, un haut responsable de la diplomatie américaine chiffrait ainsi à 40 % la perte de territoires en Irak en un an, et à 10 % celle en Syrie. Tikrit et Ramadi ont été reprises en Irak, Palmyre en Syrie.

Carte de la situation en Syrie, au 3 avril 2016.
Carte de la situation en Syrie, au 3 avril 2016. - Kun TIAN Thomas SAINT-CRICQ / AFP

Qu'importent finalement les chiffres, Daesh semble bien avoir « perdu l’initiative », comme s’en réjouissait déjà Le Drian le 12 avril. Dans un billet publié sur le site Atlantico, le spécialiste du renseignement Alain Rodier invite toutefois à se méfier des apparences. « Pour ce mouvement, il est hors de question d’adopter une attitude défensive qui serait considérée comme un échec à la fois tactique et psychologique, écrit-il. Lorsqu’elles ne sont pas en situation tactique favorable, les unités du GEI menacées se dispersent dans la nature puis attendent un moment plus favorable pour repartir à l’assaut. »

Daesh est « déstabilisé »

C’est en tout cas l’analyse que font les Français et Américains. « Nous avons désorganisé ses structures [de Daesh], réduit ses capacités d’action », a expliqué François Hollande lui-même mardi, lors d’une visite aux militaires français opérant depuis la Jordanie. De fait, les frappes aériennes ont porté leurs fruits. Outre la reprise de territoires, ils ont permis d’éliminer des cadres de Daesh comme Abdel Rahmane al-Qadouli, présenté comme le numéro 2 de l’organisation. Elle « est clairement en train de perdre du terrain, de perdre des chefs, de perdre des combattants, de perdre de l’argent, et donc, sans surprise, ses membres sont aussi en train de perdre espoir », a ainsi résumé John Kerry à l’issue d’une visite en Irak, le 8 avril. Mieux : des djihadistes auraient fait défection et, selon l’entourage du président de la République, qui s’est confié le week-end dernier à plusieurs médias dont 20 Minutes, « la contestation serait désormais plus forte dans les villes contrôlées par Daesh ».

La route est en train de se dégager vers Mossoul

« On estimait que la ville tomberait l’année prochaine, mais il semblerait que ce soit plus proche. » L’entourage de François Hollande ne cache plus l’imminence d’une offensive sur Mossoul, la plus grande ville irakienne aux mains de Daesh. En attendant de pouvoir récupérer Raqqa, la capitale proclamée de l’organisation Etat islamique, les préparatifs ont déjà commencé. Le 24 mars, l’armée irakienne et les peshmergas kurdes ont libéré plusieurs villages sur la route de Mossoul dans le cadre de l’opération Fatah (conquête), avec l’aide des Américains. Le 12 avril, des avions de la coalition ont par ailleurs bombardé quatre centres de commandement de Daesh à Mossoul. « Nous sommes en train d’encercler [la ville] pour préparer la bataille qui sera rude », avait alors justifié Jean-Yves Le Drian. Quand le jour viendra, « ce sera aux Irakiens » de passer à l’offensive, prévient un proche de François Hollande.