#Daeshleaks: Ce que la fuite nous apprend des djihadistes français

TERRORISME La fuite de données collectées par l'organisation terroriste fournit quelques informations précieuses sur les djihadistes en provenance de France...

Nicolas Beunaiche

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Des djihadistes à Raqqa, en Syrie, en janvier 2014 (photo vérifiée et publiée par AP le 12 août 2015).
Des djihadistes à Raqqa, en Syrie, en janvier 2014 (photo vérifiée et publiée par AP le 12 août 2015). — Uncredited/AP/SIPA

Qui sont les Français qui rejoignent Daesh? La question hante depuis de longs mois les autorités, qui cherchent à empêcher la radicalisation et le départ de ressortissants français vers la Syrie. Jusque-là privées d’informations en provenance de l’organisation terroriste, elles ont eu la bonne surprise de voir fuiter le mois dernier des données récupérées à Raqqa.

Authentifiées par les chercheurs du Combating Terrorism Center (CTC) de l’école militaire américaine de West Point, ces milliers d’informations, même partielles, offrent des renseignements sociologiques de première main sur les recrues étrangères de Daesh. Elles permettent ainsi de faire un portrait, à grands traits, du djihadiste français type.

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Des Français en nombre…

Le rapport dénombre 49 Français et 128 combattants partis de France. Un chiffre inférieur aux estimations du ministère de l’Intérieur (500), ce qui s’explique logiquement par le fait que les données récupérées en Syrie sont partielles. Ce qui importe, c’est moins le volume que la proportion de Français dans les effectifs. La France se classe à la 15e place des fournisseurs de djihadistes sur le critère de la nationalité, à la 9e sur celui du pays de résidence principale. Les Français (et combattants en provenance de France) sont moins nombreux que les Russes, mais plus nombreux que tous leurs cousins européens.

…plutôt jeunes et inexpérimentés…

Le djihadiste français moyen est né à la fin des années 90. Ce qui correspond à ce que l’on apprend de la recrue étrangère moyenne, née en 1987 et âgée de 26-27 ans à son arrivée dans les territoires contrôlés par Daesh, selon le CTC. La moyenne d’âge française est par ailleurs légèrement tirée vers le haut par deux individus nés dans les années 50 (sur les douze repérés dans l’échantillon total). Le CTC en dit un peu plus sur l’un d'eux : né en 1956, il a participé au djihad au Mali et a traversé 38 pays différents en Europe, en Afrique, en Amérique latine et en Asie, selon ses déclarations à son arrivée en Syrie. Une exception au milieu de jeunes gens sans grande expérience. L’écrasante majorité n’a, en outre, qu’une connaissance limitée de la charia. Seul un Français est décrit comme ayant une expertise sur le sujet.

…et peu souvent kamikazes…

C’est l’une des premières questions posées aux recrues : « quel rôle souhaitez-vous avoir au sein de l’organisation ? » Parmi les propositions, kamikaze. Sur 127 Français (le document du CTC indique bien 127, et non plus 128), seuls trois ont été identifiés dans les listings de Daesh comme ayant le rôle de kamikazes. Soit 2,4 % des recrues en provenance de l’Hexagone. C’est l’une des proportions les plus faibles du tableau, dominé par les Pakistanais (26,7 %), les Libanais (24,2 %) et les Libyens (23,6 %).