Daeshleaks: Qui est Abou Mohammed, le «repenti» qui défie les djihadistes?

TERRORISME Abou Mohammed est l'homme qui dit avoir volé des documents importants à Daesh...

Nicolas Beunaiche

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Des djihadistes de Daesh à Raqqa, en Syrie, dans une vidéo de propagande, publiée le 23 septembre 2014.
Des djihadistes de Daesh à Raqqa, en Syrie, dans une vidéo de propagande, publiée le 23 septembre 2014. — HO / IS RAQQA / AFP

Il dit s’appeler Abou Mohammed et refuse de dévoiler son visage. Mais l’homme à l’origine de la fuite d’une liste de combattants de Daesh a tout de même accepté de raconter son histoire à NBC. 20 Minutes vous en fait le résumé.

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Qui est Abou Mohammed ?

Son témoignage, Abou Mohammed a accepté de le faire visage couvert et voix déguisée. Mais NBC livre tout de même quelques informations sur sa personne : ce djihadiste repenti serait un Syrien à la carrure athlétique âgé d’une grosse trentaine ou d’une petite quarantaine d’années. Il dit s’être engagé il y a cinq ans dans la rébellion contre Bachar al-Assad. D’abord sans étiquette, avant d’être arrêté par la police syrienne puis relâché contre le paiement d’un pot-de-vin. Puis, sous la bannière de groupes armés. Dans les rangs de l’Armée syrienne libre (ASL) au départ, avant de rallier le Front al-Nosra, une faction radicale liée à Al-Qaida et opposée à Daesh.

Quels sont ses liens avec Daesh ?

Abou Mohammed raconte qu’il se trouvaità Raqqa quand Daesh a pris possession de la ville. Bien que djihadiste, il a alors été envoyé en prison par les nouveaux maîtres de la ville, puis forcé à rejoindre lui-même les rangs de Daesh. Son rôle : débusquer les rebelles comme lui et les livrer à l’organisation Etat islamique. De vieux amis, parfois. « Peu importait la personne recherchée, il fallait y aller et la ramener, assure-t-il. J’en connais certaines qui ont été massacrées. » Après quelque temps, Abou Mohammed a finalement été assigné à la division chargée du renseignement et de la sécurité : l’Amniyat, connue pour avoir également mené des attaques à l’extérieur de la zone contrôlée par Daesh en Irak et en Syrie.

Pourquoi a-t-il quitté l’organisation ?

Selon ses dires, il n’a jamais réellement soutenu Daesh. Au contraire, son ressentiment à l’égard de l’organisation terroriste n’a cessé de grandir. Les viols et l’asservissement des femmes yézidies, en particulier, l’ont dégoûté des méthodes des djihadistes. « J’ai vu des femmes violées. Je les ai vues se faire massacrer devant leur propre mère… se souvient Abou Mohammed. Ils violent chacun leur tour, ils se passent ces femmes les uns aux autres. » Alors il a choisi de déserter. Mais non sans leur faire mal avant de partir. « Mon but était de blesser Daesh », explique-t-il.

Comment s’y est-il pris pour voler des données ?

Abou Mohammed raconte s’être infiltré dans le bureau d’un leader de Daesh, où il a volé une clé USB, sans savoir ce qu’elle contenait. Il l’a alors confiée à son épouse, tout en lui disant de partir vers la Turquie. Celle-ci l’a enveloppée dans du plastique et dissimulée dans la couche de leur bébé. Là où il savait qu’un djihadiste n’irait pas chercher, malgré le risque que la clé USB soit abîmée. Lui est resté quelques jours en Syrie, pour ne pas alerter ses voisins et chefs. Pire : il dit avoir également participé aux recherches du voleur et à la torture de nombreux suspects. Il a enfin réussi à prendre la fuite vers la Turquie, où NBC l’a retrouvé.

Sa version est-elle crédible ?

La chaîne américaine précise ne pas avoir pu confirmer le récit d’Abou Mohammed. Si la liste des combattants qu’il a fournie est corroborée à 98 % par le Combating terrorism center (CTC), il est en effet impossible d’en conclure la même chose au sujet du parcours de ce djihadiste qui se dit désillusionné. Certains experts n’excluent d’ailleurs pas que Daesh soit à l’origine de la fuite afin d’empêcher les combattants étrangers de rentrer dans leur pays. « Aux yeux de l’Etat islamique, je pense que c’est plutôt un joli coup, avance Jordan Perry, un analyste cité par Newsweek. Il y a des Occidentaux sur cette liste qui n’avaient pas été détectés par les forces de sécurité. » Ce qui, selon lui, pourrait renforcer l’attractivité de Daesh, perçu comme un melting-pot de personnes d’horizons divers.